Dossier d'archives · Dordogne
Un plateau calcaire qui a porté un sanctuaire gaulois, une maison noble pillée en 1619, un village de tisserands et de forgerons, puis, à partir de 1899, un orphelinat, un grand séminaire, une communauté de Frères de Saint-Gabriel et enfin un foyer pour adultes sourds-aveugles. Le nom traverse ces vies successives sans jamais désigner une seule propriété ni un seul bâtiment — et un homme mort au Girard en 1788, titré « sr de Capelanet », n'a rien à y voir.
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Lapeyrouse occupe un plateau calcaire dominant le Caudeau, entre environ 150 et 170 mètres d'altitude, creusé de vallons, de points d'eau et de cavités karstiques (creusées par l'eau dans le calcaire) — une grotte, un puits, un conduit taillé dans le rocher. Leur présence ne permet pas de parler indistinctement de « souterrains du château » : ce sont des formes naturelles répertoriées, pas un ouvrage médiéval unique. Étude archéologique publiée
Sous ce nom moderne, Christian Chevillot a reconnu en 2014 une agglomération ouverte, sans fortification reconnue, occupée principalement du IIIe siècle avant notre ère au IIe siècle de notre ère — avec du mobilier plus ancien, de la fin du IVe siècle avant notre ère. La fouille dirigée par Eneko Hiriart en 2020 y a confirmé un sanctuaire quadrangulaire d'environ 25 mètres de côté, présenté par les auteurs comme le premier sanctuaire celtique alors documenté en Aquitaine : monnaies coupées, armement, et un masque de Silène ornant une œnochoé (cruche à vin) étrusque, témoin de réseaux à longue distance. L'étude ne propose aucun nom antique pour le site, et sa superficie — « probablement plus de 40 hectares » selon l'article, une trentaine selon des présentations au public — reste une estimation évolutive, non une surface intégralement fouillée.
Ce sanctuaire antique n'est pas identifié avec l'emplacement de la chapelle Saint-Georges moderne, à l'autre bout de la chronologie du lieu. Entre les deux, six siècles et demi d'un nom qui change de porteurs sans changer de plateau.
La plus ancienne mention textuelle publiée est « Peyrosa, 1452 », que Gourgues place explicitement sous La Peyrouse de Saint-Félix-la-Linde et attribue au « Livre nofragé ». Il ajoute un « repaire noble de la Garde-Peyrouse », en 1646 (un repaire : une maison noble fortifiée), d'après un acte notarié qu'il ne cite pas autrement. Le registre médiéval lui-même n'a pas été consulté dans ce dossier : la date reste une attestation de seconde main, non un acte lu sur pièce. Original non vu
L'explication par un terrain pierreux est vraisemblable : le glossaire des noms de lieux de l'IGN donne, à l'entrée Peiro, les formes périgourdines peirous, peirouso, « pierreux, -euse ». Le rapprochement convient au substrat calcaire du plateau ; il n'autorise en revanche aucune déduction sur un dolmen, une fortification ou un culte de la pierre — c'est une étymologie de terrain, pas une preuve archéologique. Rapprochement, non preuve du motif
Gourgues relève encore, dans son supplément, une forme « La Queyrouse », en 1650 — identification à recontrôler dans l'acte notarié dont elle provient.
Une convention du 8 avril 1682, réglant les droits de sépulture à la chapelle Saint-Nicolas du cimetière paroissial, conserve le souvenir d'un événement bien antérieur : en février 1619, les gens de guerre du sieur de Saint-Jean de Rocquefeuil auraient pillé la maison principale de Lapeyrouse et jeté tous ses papiers dans le puits. Le récit explique ainsi, dans l'acte de 1682, l'absence des titres de fondation de la chapelle. Formulé soixante-trois ans après les faits, il atteste une mémoire familiale et un argument juridique — pas un procès-verbal dressé en 1619. Il ne prouve ni l'incendie de la demeure ni l'existence de deux châteaux distincts. Témoignage rétrospectif, dans un acte édité
Un arrêt du 20 février 1668 du Parlement de Bordeaux, rapporté par Lapeyrère, rappelle une limite indispensable : il interdit à un sieur Rochon de se qualifier simplement de « sieur de Saint-Félix », face au seigneur d'Estissac, seigneur de Montclar et justicier de toute la paroisse. La noblesse d'une maison et la possession de rentes ne confèrent donc pas la justice paroissiale : « seigneurs de Lapeyrouse » ne veut jamais dire seigneurs de Saint-Félix.
Le 30 juillet 1668, le curé baptise une fille de Jacques, « sieur de La Peyrouze », et de Marguerite de Babut, habitants du village — l'enfant, née le 11 août 1663, approchait déjà de ses cinq ans : 1663 est sa date de naissance, pas une résidence démontrée à cette date. Le nom de famille du père se lit avec difficulté, Rouchoy/Rochon [?] (lecture incertaine), antérieurement lu « Roumegos ». Lu sur l'original
Le baptême de Guy Louis, né le 15 et baptisé le 21 juillet 1672, est décisif : Jacques est « sieur de Lapeyrouse », gentilhomme ordinaire du roi, et le couple habite le repaire. Ce vocabulaire qualifie le statut de la demeure ; il ne décrit pas ses murs.
Mais la famille n'est pas fixée dans une seule maison. Le 25 février 1680, la marraine Élisabeth/Izabeau, fille du sieur de Lapeyrouze, est rattachée avec son père au village de Bertier — à deux kilomètres de là. La convention du 8 avril 1682 le confirme explicitement. Le mariage de Françoise Rouchon, demoiselle de Bellegarde, avec Antoine Tridat, sieur du Boulou, le 25 novembre 1686, retrouve encore un père « sieur de Lapeyrouse » présent et demeurant à Bertier ; son frère, Joseph de Rochon, y est dit « sieur de Larbonne ». Lu sur les originaux
Autrement dit, dans les années 1680, le titre voyage avec la personne : « sieur de Lapeyrouse » nomme un domaine noble et un rang, non une adresse. La maison de Bertier était alors occupée par cette même famille, à deux kilomètres du domaine qui lui donnait son nom.
Une génération plus loin, le 3 mars 1751, le registre donne pour parrain « Mr Louis de St Eloy », chevalier de la garde ordinaire du roi, habitant du lieu de la Peyrouse ; la marraine, « dame de Wormezelle », y habite aussi. Son identification avec Louis-Ferdinand de Rochon, chevalier de Saint-Éloy, est très probable au regard de la généalogie publiée par Saint-Saud, sans être écrite en toutes lettres dans ce baptême.
Le 13 février 1752, Antoine de Rochon, écuyer, seigneur de Bellegarde, mort au village de la Peyrouse, est enterré dans l'église paroissiale. L'âge porté en marge se lit 79 ans : le premier chiffre porte la même barre et le même jambage que le « 7 » de « 1752 » dans les actes voisins, d'une main identique — il ne s'agit pas d'un « 1 » simple.
La marge du registre dit expressément « aagé de 79 ans » : Antoine de Rochon est né
vers 1673, et non en 1733. La généalogie imprimée par Saint-Saud donne pourtant
« décédé à 19 ans en 1752, donc né en 1733 ». On ne peut pas dire avec certitude de
quel Antoine de la généalogie il s'agit.
Le terme « village » accompagne constamment le repaire noble. Les Coste sont tisserands, plusieurs Gontier sont laboureurs (cultivateurs), des Rouchon sont forgerons, maçons ou arquebusiers : ni le nom Rochon ni la proximité des nobles ne suffisent à rattacher ces artisans à la lignée seigneuriale. Léonard Rouchon, maître arquebusier (fabricant d'armes à feu), et Marie Gouviou sont explicitement domiciliés au village dans le baptême de leur fils Jean, le 4 janvier 1746.
Un pressoir de Lapeyrouse est cité en 1671, puis dans les actes du ménage Lavignie/Larrenie–Delcros des années 1681-1689 ; à la fin du XVIIIe siècle, des actes distinguent une métairie (petite exploitation agricole) du même nom. Ces mentions prouvent des lieux de travail et d'habitation agricole, sans permettre de leur attribuer une parcelle précise du cadastre de 1824.
Saint-Saud imprime 1749 pour une vente intrafamiliale de Lapeyrouse à Louis-Ferdinand de Rochon, chevalier de Saint-Éloy. Michel Roy rapporte ensuite une vente, en 1754, à Gabriel Debreil (ou Dubreil), curé de Sainte-Alvère. Ces indications peuvent décrire deux opérations successives ; rien ne permet de les fondre en une seule transaction. Les contrats notariés n'ont pas été retrouvés. Publications, contrats non vus
À la veille de la Révolution, la famille Rochon porte toujours le nom du domaine : le 7 octobre 1788, demoiselle Marguerite Rochon de Lapeyrouse, de la paroisse de Saint-Félix, épouse un de Ségur, officier de dragons au régiment de Picardie, en présence de son père, messire Louis Bonaventure de Rochon de Lapeyrouse, brigadier des armées du roi. L'acte ne dit pas où la famille réside : un nom de domaine n'est jamais, à lui seul, une preuve de propriété ni de résidence.
La sépulture du 24 octobre 1788 se lisait d'abord
« Pierre Gontier, sr de Lapeyrouse, mort à 81 ans dans sa maison du Girard » ; le titre
est en réalité « sr de Capelanet » (lecture incertaine en 1788) : le mot commence par
« cap » et finit en « -anet », ce qui est incompatible avec « lapeyrouse » (pas de « y », pas de
« rou »). Le même homme est parrain le 11 octobre 1771 (v336) comme « Mre Pierre Gontier sr de
Capelanet, docteur en médecine ». Ce Pierre Gontier, mort au Girard, n'a donc aucun rapport
avec Lapeyrouse.
La feuille B2, 3 P 34620, porte « Lapeyrouze. » ; le lieu donne son nom à toute la section B. Le groupe septentrional comprend environ treize masses colorées, distribuées de part et d'autre de chemins et autour de cours ; le grand ensemble coudé de la parcelle 492 est un plan de bâtiment certain, mais rien n'autorise à y voir un « château des Rochon » sur la seule forme du dessin. Ce décompte porte sur des emprises : plusieurs corps peuvent appartenir à une seule maison, et un bâtiment peut être partagé entre familles.
Au sud, un second pôle bâti ancien entoure la parcelle 739 : deux principaux corps, un rectangle au nord et un ensemble en U ouvert vers le nord, autour d'une cour — à rapprocher du secteur actuel de la chartreuse et du foyer, sans que la continuité des murs soit prouvée. Plus au sud-est, un autre groupe correspond au secteur de Larbonie : il ne doit pas être compté automatiquement comme une maison du village de Lapeyrouse.
Le couple Guillaume Dubreil × Anne Dubreil Labarte est fermement documenté à Lapeyrouse dès la fin du XVIIIe siècle. Guillaume meurt le 26 janvier 1850, à 80 ans, capitaine retraité et ancien commandant de la garde départementale de la Dordogne ; c'est son fils Paulin Pierre, 51 ans, juge de paix de Lalinde et résident du lieu, qui déclare le décès. L'Annuaire rétrospectif de la magistrature l'identifie comme Paulin Pierre Dubreil-Mondazel, né le 10 février 1798 à Lapeyrouse. Lu sur l'original
Anne Dubreil Labarte meurt le 24 novembre 1865 à 90 ans, au lieu. Leur fils Pierre, juge de paix à Sainte-Alvère puis maire de Saint-Félix, meurt à son tour le 28 mai 1883, à 85 ans, né à Lapeyrouse. Entre eux, la génération suivante fixe le lieu à un autre couple : la naissance du 28 juillet 1870 établit Georges Pierre Adolphe Tocque, né à Lapeyrouse, fils d'Adolphe Tocque, propriétaire et ancien capitaine, et d'Anna Pauline Eudoxie Dubreil. Adolphe meurt au lieu le 18 janvier 1871, à 40 ans, chef de bataillon à la garde mobile de la Dordogne — l'état civil ne donne aucune cause de décès. Pierre Dubreil, l'ancien juge, est son oncle par alliance, non son beau-père : les deux Pierre/Paulin Pierre ne doivent pas être fusionnés.
Devenue veuve puis, après la mort de son fils, seule héritière, Anna Tocque fait construire et entretient sur ses fonds un orphelinat de garçons, avec trois membres de la Société de Marie envoyés en 1899. En 1901, le recensement distingue trois ménages et 41 personnes au lieu : la maison de Mme Tocque, 18 personnes ; l'orphelinat, 21, soit quatre adultes et dix-sept enfants de neuf à douze ans ; un ménage Fonsegrive de deux personnes. L'inscription « ORPHELINAT ST GEORGES » reste visible sur une carte postale portant déjà la légende « Grand Séminaire » — une preuve matérielle du changement d'usage, pas de sa date exacte.
La fermeture ne doit pas être datée mécaniquement de 1901, année de la loi sur les associations. Un article diocésain de 1903 explique que l'autorisation demandée a été refusée, que les religieux se sont sécularisés et que les enfants ont été dispersés ; en février 1904, la presse annonce un non-lieu. Ni le non-lieu ni le maintien des bâtiments ne prouvent une réouverture de l'orphelinat comme tel.
Le Journal de Bergerac du 6 avril 1907 (samedi), reproduisant la Semaine religieuse « portant la date d'aujourd'hui 6 avril », annonce la rentrée au « mardi prochain » des séminaristes accueillis à La Peyrouse « grâce à Mme Tocque » : soit le 9 avril 1907. Cette annonce contemporaine corrige les récits qui placent l'installation seulement à la fin de 1907.
Le Grand Séminaire fonctionne à La Peyrouse de 1907 à 1914 environ ; l'abbé Jules Lafaye, son économe, y meurt le 12 juin 1911 — une attestation locale indépendante des récits diocésains. L'acte exact de son transfert hors du domaine reste à retrouver.
Le 13 août 1924, L'Avenir de la Dordogne annonce que Mme « Toque », propriétaire de Lapeyrouse, a préparé soixante-dix lits pour des fillettes de l'orphelinat des chemins de fer — une capacité annoncée, non un effectif permanent : le recensement de 1926 ne porte que dix-sept personnes au ménage principal. La mort d'Anna est datée de 1927 ou 1928 selon les récits ; son acte n'a pas été localisé.
La tradition institutionnelle date l'arrivée des Frères de Saint-Gabriel du 2 novembre 1931, reproduite sur l'affiche de leur quatre-vingt-dixième anniversaire, publiée en 2021. Le contrat et le périmètre de l'acquisition ne sont pas établis ici ; les huit personnes recensées au printemps 1931 appartiennent encore à deux ménages de service, une lecture plus ancienne à l'arrivée de novembre. Commémoration, contrat non vu
En 1946, la liste nominative porte la rubrique « École d'agriculture » et compte direction, aumônerie, professeurs, élèves et personnel. La récapitulation range 38 personnes dans la catégorie « Séminaires », population comptée à part de la commune ; trois prisonniers de guerre allemands figurent sur des lignes ensuite rayées, et une seule personne reste comptée dans la population municipale ordinaire du lieu.
Le récit institutionnel des Frères de Saint-Gabriel décrit ensuite un juvénat, un noviciat et, à partir de 1949, une maison de retraite de religieux, sur une exploitation rapportée à 150 hectares — un chiffre agricole rétrospectif, à ne pas confondre avec les 77,91 hectares que le cadastre range aujourd'hui sous le nom de Lapeyrouze.
En 1972, cinq adultes précédemment accueillis à Poitiers arrivent à La Peyrouse, accompagnés de Frères : c'est le début de l'accueil de personnes sourdes-aveugles qui caractérise le lieu aujourd'hui. Le récit institutionnel situe des constructions nouvelles en 1981, une association laïque en 1992, une extension en 2008, puis une fusion avec l'APEI de Périgueux en 2017 (Roy, en 2019, donne 1997 pour cette fusion — une divergence non résolue). Le départ des Frères, en 2024, concerne la communauté religieuse ; il ne signifie pas la fermeture du foyer.
La chapelle funéraire Saint-Georges, attribuée à Alexandre Antoine Lambert, collaborateur d'Abadie, et datée de 1886-1888, reste propriété communale avec le cimetière : sa composition néo-romane à coupole rappelle Saint-Front, et sa crypte répond à une fonction funéraire familiale.
Au 29 septembre 2026, le foyer de vie La Peyrouse, géré par l'APEI de Périgueux, accompagne des adultes sourds-aveugles à son adresse institutionnelle, 161 chemin de Narbonne ; des offres officielles de septembre 2026 confirment son activité. Une notice encyclopédique, renvoyant à un article de presse du 22 août 2026, signale une mise en vente du domaine des Frères : l'article original et les actes fonciers n'ont pas été consultés, et ce signalement reste à vérifier — sans affirmer une vente conclue ni l'étendre aux biens du foyer. Aucun résident ni membre du personnel actuel n'est nommé dans ce dossier.
Les registres paroissiaux et l'état civil disponibles ont été lus pour les actes cités ; un fonds privé entier et plusieurs matrices cadastrales (registres des propriétaires) restent à ouvrir pour relier les propriétaires successifs aux bâtiments observés.
Fonds du domaine de Lapeyrouse, XVIe-XXe s. : correspondance, copies d'actes, plans, photographies ; don de 2004, non classé selon la fiche AD24 et les guides CNAHES.
Le Livre nofragé : retrouver « Peyrosa, 1452 », son folio et son contexte ; résoudre la discordance des catalogues sur l'ouverture du registre (1452 ou 1455).
Extraits d'état civil, mariages, testaments, successions 1646-1845 ; titres de propriété et donations 1727-1788 : rechercher les transmissions de 1749 et 1754.
État de sections et matrice de 1826 : attribuer aux propriétaires les parcelles B 481-496 et 739, séparer maison, grange, cour, pressoir et dépendances.
Matrices bâties/non bâties et mutations ultérieures : chantiers de la chapelle, de l'orphelinat, du séminaire puis du foyer.
Congrégations, 1901-1904 : demande d'autorisation des Marianistes, fermeture, liquidateur, propriété des bâtiments, poursuites et non-lieu.
Fonds de Gourgues, rubrique « Actes divers », Rochon : arbitrage du 17 et transaction du 22 avril 1651 avec les Estissac ; documents des branches de Bellegarde et Wormezelle.
Carrière du juge Paulin Pierre Dubreil-Mondazel ; filiation et lieux de résidence, au-delà de la seule fiche de l'Annuaire de la magistrature.
Fonds de Maillard-Larmandie : contrat de mariage de Louis Rochon de Lapeyrouse en l'an XIII, succession de 1859 — distinguer les biens de La Pouleille de l'ancien domaine éponyme.