Dossier d'archives · Dordogne

Le Bourg
en Villadeix

Autour de l'église Saint-Félix, de son cimetière et de la chapelle funéraire Saint-Nicolas, un noyau qui a porté cinq siècles de vie paroissiale avant de devenir chef-lieu communal : cardeurs (qui peignent la laine) et sergetiers (qui tissent la serge) du XVIIe siècle, sieur (titre porté par un notable) de Lavignerie et sa demoiselle marraine (qui présente l'enfant au baptême) venue de Bergerac, un tailleur de pierre espagnol fait prisonnier puis fixé comme artisan du bourg, des générations d'épiciers, de charrons (fabricants de charrettes) et de cordonniers, l'assemblée politique de 1789 réunie dans la maison curiale, et une auberge dont le nom traverse presque un siècle de recensements. Deux mille six cents notices paroissiales et près de deux mille actes d'état civil ont été examinés pour ne retenir que ce qui concerne réellement ce lieu — pas ce qui s'y rattache seulement parce que l'église en est le théâtre.

44,92429° N — 0,68280° E Commune de Saint-Félix-de-Villadeix (24405) Cadastre LE BOURG-EST (10,79 ha, 52 parcelles) et LE BOURG-OUEST (1,86 ha, 19 parcelles) Sur une langue de terrain entre deux dépressions, au-dessus de la Louyre
XIIIe s. attribué
copie XVIe
Sen Felispouillé (liste ancienne des églises du diocèse), « …ia de Sen felis »
av. 1317, copie XVIeEcclesia Sti fælicissecond pouillé, collation de l'évêque
1365Paroch. Sti Felicisfouage (impôt par foyer), 89 feux (foyers), châtellenie de Montclar
1668–1685present bourgregistres paroissiaux
1789bourg de St felixprocès-verbal de l'assemblée
1824 · 1956S.t félix · LE BOURGplans cadastraux
Aujourd'huiLE BOURG-EST
LE BOURG-OUEST
cadastre Etalab, commune 24405
Le siteUn noyau de crête

Deux quartiers, l'église, une eau en contrebas

Le Bourg se groupe autour de l'église Saint-Félix, du cimetière et de la chapelle funéraire Saint-Nicolas, prolongé vers le nord par les équipements municipaux et scolaires. Le point de repère du lieu-dit, 44,92429° N — 0,68280° E, désigne le lieu, pas le périmètre d'une propriété. Le cadastre actuel distingue LE BOURG-EST et LE BOURG-OUEST, de part et d'autre de la voie principale. Le bâti occupe une langue de terrain entre deux dépressions, au-dessus de la Louyre au sud — une disposition que confirment le cadastre, les photographies aériennes et l'ombrage LiDAR (relevé laser du relief). Plans et relevés IGN

Ombrage LiDAR IGN du bourg de Saint-Félix-de-Villadeix : noyau bâti sur une langue de terrain entre deux dépressions, vallon de la Louyre au sud.
Ombrage LiDAR IGN. Le modelé de l'éperon et des vallons ; aucune datation archéologique n'en est déduite.

C'est un bourg paroissial, puis un chef-lieu communal, où coexistent habitations, petites exploitations, ateliers, commerces et bâtiments publics — pas un domaine à suite unique de propriétaires. Un titre « sieur de Saint-Félix », un banc d'église ou une sépulture privilégiée ne prouvent pas à eux seuls la propriété de toutes ses maisons. Plus de 4 500 notices paroissiales et d'état civil sont rattachées au lieu, mais beaucoup le sont seulement parce que l'église ou la maison commune est le théâtre de la cérémonie, ou parce qu'un artisan du bourg sert de témoin : la résidence explicite, les liens de famille et les fonctions exercées priment donc sur le simple rattachement.

Extrait de la carte d'état-major du XIXe siècle centré sur le bourg de Saint-Félix-de-Villadeix, avec le noyau bâti en rouge et la vallée en vert.
Carte d'état-major, XIXe siècle. Le noyau bâti, les voies et la vallée ; les prés en vert.
Le nomSous deux vocables

Saint-Félix de Villadeix — et la chapelle Saint-Nicolas

La forme la plus ancienne rencontrée, « …ia de Sen felis », provient d'un pouillé dont le contenu est attribué au XIIIe siècle, mais transmis par une copie du XVIe siècle : il faut donc écrire « mention remontant au XIIIe siècle, transmise par une copie », pas « acte original du XIIIe siècle ». Un second pouillé, antérieur à 1317, porte Ecclesia Sti fælicis dans la rubrique de collation de l'évêque. Lu sur les copies numérisées

Pouillé médiéval : colonne manuscrite portant la mention lacunaire ia de Sen felis, entre de Lamonzia, de Laurac et de Mondlard.
BnF, Périgord 27, f. 7v (Gallica, vue 12). « …ia de Sen felis », entre « de Laurac » et « de Mondlard » ; le début du mot Ecclesia est perdu dans la marge.
Fouage manuscrit de 1365 : rubrique In castellania Montis Clari, avec la ligne Paroch. Sti Felicis pro iiijxx ix foc., soit 89 feux.
BnF, Périgord 88, f. 86 (vue 92). « Paroch. Sti Felicis pro iiijxx ix foc. » — 89 feux ; nombre de la paroisse entière, pas du seul bourg.

Saint-Félix est un nom de saint devenu nom d'église et de paroisse ; le dossier liturgique est plus composite qu'une étymologie unique : Brugière décrit au retable un saint Félix mitré et à la triple croix, tout en notant la célébration paroissiale de sainte Marthe le 29 juillet — Gourgues donne également sainte Marthe comme patronne. Ces indications du XIXe siècle n'établissent ni la date de fondation ni l'identité certaine du dédicataire primitif. Saint patron incertain

Le déterminant de Villadeix appartient à la géographie ecclésiastique ancienne : les pouillés placent l'église dans l'archiprêtré de Villadès, ensuite désigné aussi Saint-Marcel — rien n'autorise à en tirer l'existence d'une villa antique sous le bourg actuel. Le bourg, le présent bourg, mon bourg, le chef-lieu sont les désignations ordinaires des actes, sans périmètre cadastral constant ; à côté de l'église, la chapelle funéraire Saint-Nicolas, dans le cimetière, est un édifice distinct, dont l'attribution vers 1480 repose encore sur une note secondaire non reproduite.

Avant 1668Chapelain et châtellenie

Le chapelain de Saint-Félix, la châtellenie de Montclar

En 1382-1383, un compte copié par Lespine cite le chapelain de Saint-Félix, sous l'abréviation Capp., dans l'archiprêtré de Saint-Marcel : la formule Eccl. Sancti Felicis, 1382 du dictionnaire de Gourgues est une présentation normalisée de cette documentation, pas une transcription diplomatique de l'image. Lu sur la copie

Le fouage de 1365 range la paroisse de Saint-Félix dans la châtellenie de Montclar et lui attribue 89 feux — un nombre qui se rapporte à la paroisse entière : ce serait une erreur d'en faire la population des quelques maisons du bourg. La documentation de la fin du XVIIe siècle appartient toujours au diocèse de Périgueux, avec l'archiprêtré de Saint-Marcel ; la formule générale « Périgueux puis Sarlat » ne s'applique donc pas automatiquement à l'Ancien Régime de ce bourg.

Un parchemin trouvé dans un mur, 1896

En 1896, pendant des réparations de l'église, un parchemin très effacé est découvert dans une cavité murale fermée par une planche. La Société historique et archéologique du Périgord en publie une première lecture : un mandement de l'évêque Raymond de Durfort au chapelain de Saint-Félix, relatif à l'absolution des frères de Langlade, daté de 1328 — une interprétation que le compte rendu qualifie lui-même de provisoire. Le parchemin portait un petit sceau rond de cire rouge « représentant un évêque vu à mi-corps, mitré et tenant la crosse ». C'est un témoignage singulier de conservation d'un document dans l'église, pas une date de construction du mur ni la preuve d'un événement militaire. Lecture de 1896 non confirmée par l'original

Page imprimée du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord de 1896 annonçant la découverte d'un parchemin dans un mur de l'église de Saint-Félix, daté provisoirement de 1328.
BSHAP, t. 23, 1896, p. 104. Annonce de la découverte, avec la lecture datée de 1328, expressément provisoire ; le parchemin lui-même n'a pas été retrouvé pour ce dossier.

Ce que Brugière, vers 1884, avait sauvé de deux volumes aujourd'hui à rechercher (1602-1634 et 1635-1670) permet de remonter deux générations avant les registres conservés : un vicaire enterré dans l'église en 1622, un lieutenant de plusieurs juridictions inhumé dans Saint-Nicolas du bourg en 1626, des Rochon, sieurs de La Vernelle et de Lapeyrouse, ensevelis dans la même chapelle jusqu'en 1645, et un banc attribué au duc de La Rochefoucauld dans l'église en 1663. Ce ne sont pas les actes originaux, mais des extraits transmis par sa notice. Extraits de seconde main, originaux non retrouvés

1668–1792Laboureurs et artisans

Un habitat mêlé, autour de l'église

Le registre de 1668 nomme des habitants du « présent bourg », sur des pages très effacées. Dans les années 1669-1689, les principaux groupes explicitement domiciliés ici sont les Faucon / Falcon, Lambert, Moureau / Mouriau, Lachieze, Desplatz et Montoulin, puis les Boyer — laboureurs (paysans qui cultivent la terre), cardeurs, sergetiers, aux côtés d'un marchand et de ses domestiques. « Laboureur », « marchand » ou « bourgeois » ne donnent pas le titre de la maison occupée.

La sépulture du 20 septembre 1669 de Françoise Maufargeas [?] (lecture du nom incertaine), morte la veille au bourg vers 80 ans, désigne explicitement Pierre et Gabriel Falcon, laboureurs, comme ses fils. Le même mois, deux enfants Mouriau, Guilhone et Michel, sont inhumés le même jour — leurs parents, eux, ne sont pas nommés dans l'acte. Lu sur l'original

Acte de sépulture manuscrit de 1669 : Françoise Maufargeas, morte au bourg, avec la mention de ses fils Pierre et Gabriel Falcon, laboureurs.
AD24 5 E 409/1, vue 86, 20 septembre 1669. Françoise Maufargeas [?], morte au bourg ; Pierre et Gabriel Falcon explicitement ses fils.
Actes manuscrits de 1689 : mariage de Marie Lambert, veuve Montoulin, avec Jean Boyer, et sépulture de Thoni Montoulin dans l'église, avec la mention du parâtre et de l'oncle maternel.
5 E 409/2, vue 228, 1er et 11 novembre 1689. Marie Lambert, veuve Montoulin, épouse Jean Boyer ; le mot parâtre confirme la famille recomposée lors de l'inhumation du petit Thoni Montoulin, dans l'église.

Les Lachieze, sieurs de Lavignerie

Le 26 février 1685, le baptême de Marie Clere, née le 24, désigne son père Jean Lachieze, sieur de Lavignerie, et sa mère Suzanne Tounnet [?], comme habitants du présent bourg — la résidence est explicite et le titre lu sur l'image. Le parrain est maître Jean de Baget, prêtre et curé de la paroisse ; la marraine, demoiselle Marie Clere de Prioreau, est liée à Bergerac ; l'acte cite aussi Jean Moureau, sargeur (fabricant de serge), comme témoin. Lu sur l'original Lavignerie reste un nom de qualification non localisé : rien n'autorise à l'assimiler d'office à Cavigne, ni à en déduire une « maison noble » sur telle parcelle du bourg.

Acte de baptême manuscrit de 1685 : Marie Clere Lachieze, fille de Jean Lachieze sieur de Lavignerie et de Suzanne Tounnet, habitants du présent bourg.
AD24 5 E 409/2, vue 133, 26 février 1685. « …fille de Jean Lachieze sieur de Lavignerie et de Susanne Toannet [Tounnet ?] … du pnt bourg » ; parrain Jean de Baget, curé ; témoin Jean Moureau, sargeur.

La convention du 8 avril 1682, passée au bourg dans la maison occupée par le curé Jean de Baget, confirme aux familles Rouchon des droits de sépulture dans Saint-Nicolas et prévoit un partage intérieur en trois parties ; le texte distingue les domiciles : le juge lié à La Pouleille, Jacques de Rouchon à Berthier, François à Lavernelle. Le bourg accueille ainsi une chapelle funéraire de familles dispersées dans la paroisse — à distinguer des sépultures dans l'église et de celles du cimetière. Édition lue, original non vu

La visite canonique du 20 octobre 1688 nomme le curé Jean Phœbus Delboy, décrit le sanctuaire voûté, pavé et vitré, la nef assez grande mais sans pavement ni vitres, et note l'absence de véritable maison curiale. Les 133 feux et 580 communiants de la déclaration du 22 juillet 1692 sont encore ceux de toute la paroisse.

Trois générations Léonat, 1761-1762

Le 16 septembre 1761, le curé Lasfaray marie le même jour deux couples, « tous habitants du présent bourg et du village de Leymarie » : François Léonat et Catherine Cassaigne d'une part, Jean Léonat et Marie Chort d'autre part. Au baptême de François, fils de Jean et Marie, le 31 mai 1762, François Léonat et Catherine Cassaigne sont explicitement dits « grand père et grand mère » de l'enfant : la lecture la plus économique est celle d'un père (veuf) remarié le jour même du mariage de son fils, Catherine Cassaigne n'étant grand-mère que par alliance. Interprétation, non écrite dans l'acte

Acte de baptême manuscrit de 1762 : François Léonat, fils de Jean Léonat et Marie Chort, avec la mention des grands-parents François Léonat et Catherine Cassaigne.
5 E 409/3, vue 223, 31 mai 1762. Parents Jean Léonat et Marie Chort ; grands-parents François Léonat et Catherine Cassaigne — trois générations dans un seul acte.
1789L'assemblée politique

La maison curiale, siège de la communauté

Le 8 mars 1789, l'assemblée de la communauté se réunit, après convocation au son de la cloche, dans la « maison curialle du bourg de St felix », devant Pierre Fontaine, avocat au parlement et juge de la baronnie de Monclard. Le bourg fournit ainsi un lieu précis à la représentation politique de l'ensemble de la paroisse ; les 170 feux du procès-verbal concernent cette communauté entière, pas le seul bourg. Les députés désignés sont les avocats Bernard du Breil de Lacroze et Guillaume Lambert. Lu sur l'original, partie supérieure

Procès-verbal manuscrit de mars 1789 : assemblée de la communauté de Saint-Félix réunie dans la maison curiale du bourg, devant le juge Pierre Fontaine.
AD24 6 C 12, vue 3, 8 mars 1789. « …assemblés dans la maison curialle du bourg de St felix… », devant Pierre Fontaine, juge de la baronnie de Monclard.

Les sept articles du cahier demandent une fiscalité commune, la suppression des corvées remplacées par un financement des chemins, un tarif moins arbitraire du contrôle des actes. Rien n'y désigne une rue précise du bourg. Les signatures « Lavernelle », « Cavaroque » et « de Bertier » nomment les notables de leurs domaines respectifs — elles ne prouvent pas qu'ils habitent tous le presbytère ou le bourg.

Brugière relève ensuite la vente de l'ancien presbytère, bâtiments et jardin, le 3 thermidor an IV — 21 juillet 1796, à un dénommé Jean Milliarel [?] (la finale se lit plutôt « l », mais « Milliaret » reste possible), pour 2 702 francs. Mais l'adjudication originale n'a pas été retrouvée : c'est un changement de propriété rapporté par une source secondaire, non une chaîne foncière entièrement démontrée. Source de seconde main, original non retrouvé

1793–1901Un prisonnier espagnol,
des artisans

Pedro, de Naira, devenu Rabador du bourg

Le 20 janvier 1812, devant Jean Gontier, adjoint au maire, Pedro — dont le patronyme se lit « Ro…ado (Ronado ?) » à la comparution et « Ronadon » à la conclusion — épouse Françoise Lafaye. Il est dit fils de Mathias et de Francisca Ginet, âgé de 25 ans, « né à Naira, ville d'Espagne, en l'année 1787 ». Il est explicitement prisonnier espagnol, tailleur de pierre demeurant alors à Sainte-Foy-de-Longas, et souhaite fixer son domicile en France ; l'autorisation du ministre de la Guerre est transmise par une lettre du général Despeaux du 1er décembre 1811. Lu sur l'original

Acte de mariage manuscrit de janvier 1812 : Pedro, prisonnier espagnol, tailleur de pierre, né à Naira en Espagne, épousant Françoise Lafaye du chef-lieu.
AD24 5 E 409/5, naissances, mariages, décès 1812, vues 2-3, 20 janvier 1812. Pedro, explicitement « prisonnier espagnol » ; Françoise Lafaye et son oncle paternel, Jean Lafaye dit Dussel, tisserand au bourg, sont nommés.

Les formes Roneda, Ravador, Rabador se succèdent ensuite dans l'état civil. Le décès du 12 mai 1856 est déterminant : Pierre Rabador, 69 ans, maçon au chef-lieu, époux de Françoise Lafaye, fils de Mathias Rabador et Françoise Ginet, est né à « Naera », Vieille-Castille, Espagne. Le prénom francisé, l'épouse, les parents et l'âge — 25 ans en 1812, 69 ans en 1856, soit une naissance vers 1787 dans les deux actes — permettent le raccord avec le marié de 1812 malgré les déformations du nom. Identification par la filiation et l'âge

Acte de décès manuscrit de 1856 : Pierre Rabador, maçon, 69 ans, époux de Françoise Lafaye, né à Naera en Vieille-Castille, Espagne.
AD24 5 E 409/10, décès 1856, vue 2, acte 3, 13 mai 1856. Décès de Pierre Rabador, maçon, la veille à 3 heures du matin, au chef-lieu.

Le père est maçon dans plusieurs actes ; Françoise est aubergiste en 1835, et les deux parents sont dits aubergistes en 1837. Le 1er octobre 1856, Catherine Rabador, 19 ans, née et domiciliée au chef-lieu, épouse Géraud Chevalier, cordonnier, natif d'Apcher (Drugeac, Cantal), lui aussi domicilié au chef-lieu — une alliance directement prouvée entre une fille de l'ancien prisonnier et un artisan venu d'un autre département.

Acte de mariage manuscrit de 1856 : Géraud Chevalier, cordonnier natif du Cantal, épousant Catherine Rabador, fille de Pierre Rabador et Françoise Lafaye, au chef-lieu.
5 E 409/10, mariages 1856, vue 6, acte 5, 1er octobre 1856. Géraud Chevalier, cordonnier, 25 ans 11 mois, épouse Catherine Rabador, 19 ans, fille du défunt Pierre et de Françoise Lafaye.

Charrons, forgerons et un instituteur

Le 6 septembre 1821, Jean Bernardie, charron venu du Paradis à Creysse via La Pouleille, épouse Marie Fardet, fille d'Élie Fardet, taillandier (fabricant d'outils tranchants) mort au bourg en 1816. Leur fils, garçon charron, se marie en 1857 ; le décès du père en 1874 fournit une borne supplémentaire. Dans ce foyer, Marthe Fardet est aussi nourrice d'enfants de l'hospice de Bergerac.

Le foyer Félix, forgerons selon les listes, illustre un changement de génération : au décès de François Félix, le 27 mai 1900, « sans profession », natif de Saint-Georges-de-Montclard, l'acte nomme explicitement Honoré Félix, instituteur public de 48 ans, son fils — corrigeant la parenté « frère » que donnait le recensement de 1891. Lien de parenté lu sur l'original

Acte de décès manuscrit de 1900 : François Félix, 82 ans, natif de Saint-Georges-de-Montclard, avec la mention de son fils Honoré Félix, instituteur public.
5 E 409/14, décès 1900, vue 3, acte 3, 27 mai 1900. François Félix, 82 ans, décédé au chef-lieu ; Honoré Félix, instituteur, est son fils, non son frère.

L'arrivée de Pierre Mouynat, taillandier né à Liorac, est bien datée : à son mariage du 8 décembre 1874, il déclare résider depuis trois mois au chef-lieu. Le métier de la famille glisse ensuite vers la serrurerie : Hippolyte Mouyna et le neveu Paul Grellety sont serruriers dans la liste de 1901. Le 17 octobre 1865, l'instituteur Pierre Martin épouse Anne Malet, fille du maire Pierre Malet — la fonction municipale du père et l'établissement professionnel du gendre ne prouvent en rien que le maire possède l'école.

XXe siècleAuberge et mémoire

L'auberge Demoulin, la guerre, le monument

En 1901, le bourg compte 62 personnes dans la liste nominative : desservant et servante, trois enseignants, une aubergiste, un cordonnier patron et son ouvrier, un serrurier et son neveu, deux menuisiers, un charpentier de moulin, un sabotier, une tailleuse d'habits, un négociant, des propriétaires-exploitants et deux colons (cultivateurs sur la terre d'autrui). Aucun épicier ni forgeron n'y est inscrit — contrairement à ce que suggère une lecture rapide des listes. Liste de 1901, lue sur l'original

Un article du Bonhomme limousin du 16 avril 1916 situe une partie de cartes le 7 avril à l'auberge Demoulin, au bourg de Saint-Félix ; il rapporte qu'après leur départ, l'un des joueurs est tué près de Cavigne, où il vivait, et attribue le meurtre à un jeune homme du village voisin. L'article précise que le revolver avait été soustrait « au domicile de M. l'abbé Chavat, en retraite à Saint-Félix ». Pour l'histoire du bourg, il atteste surtout l'existence et le nom d'une auberge : le crime lui-même est localisé hors du bourg. Source de presse, récit non jugé

Article de presse manuscrit imprimé de 1916 relatant une partie de cartes à l'auberge Demoulin au bourg de Saint-Félix, suivie d'un meurtre près de Cavigne.
Le Bonhomme limousin, 16 avril 1916, rubrique Dordogne/Bergerac, « Un assassin de 16 ans ». L'auberge Demoulin est nommée au bourg.

Le cas le mieux documenté de la Grande Guerre est celui de Pierre Ange Verrouilh, né à Saint-Félix le 7 mai 1890, mort à son domicile du bourg le 14 septembre 1920 à 22 heures — deux ans après l'armistice. L'acte, dressé le lendemain, porte en marge « Mort pour la France », la mention d'une intoxication par ypérite (gaz de combat) et de la Croix de guerre. Lu sur l'original

Acte de décès manuscrit de 1920 avec mention marginale Mort pour la France : Pierre Ange Verrouilh, mort par suite d'intoxication par ypérite, Croix de guerre.
AD24 5 E 409/16, décès 1920, vue 5, acte 8. Pierre Ange Verrouilh, né au bourg en 1890, mort à son domicile en 1920 ; mention marginale de sa mort de guerre différée.

La commémoration s'organise en deux temps, selon une étude publiée en 1999 : une plaque dans l'église est inaugurée le 24 mai 1920, sous le curé Crestou ; le conseil municipal décide un monument communal le 13 janvier 1946, devis de 60 000 francs, avec un objectif de souscription de 45 000 francs et un emprunt communal de 15 000 francs — un terrain est offert par Mlle Brachet, Dorillac est cité comme sculpteur. Les délibérations, la facture et la réception du monument restent à consulter en salle. Étude publiée, pièces communales non vues

Extrait imprimé d'une étude de 1999 rapportant la décision du conseil municipal de 1946 d'ériger un monument aux morts, avec un devis de 60000 francs et une souscription de 45000 francs.
BSHAP 1999, t. 126, p. 120. La décision d'ériger un monument public en 1946 ; les 45 000 francs sont l'objectif de souscription, non le coût total.

La population recensée du bourg passe de 62 en 1901 à 53 en 1921, puis 38 en 1926, 35 en 1931, 37 en 1936 et 40 en 1946 — une série qui décrit le périmètre suivi par les agents recenseurs, sans expliquer seule les causes du recul. En 1931, cinq membres d'un ménage sont explicitement dits italiens dans les lignes nominatives, alors que le récapitulatif de la même liste attribue 35 Français et aucun étranger au bourg — une contradiction interne du document. Contradiction confirmée sur l'original

1824 → aujourd'huiLe bâti

Treize corps en 1824, dix-huit masses en 1956

Le noyau oriental est porté sur la feuille C1, AD24 3 P 3 4621 ; le bâti de l'autre côté de la limite de section, sur E2, 3 P 3 4626. Sur C1, le relevé individualise 13 corps bâtis, avec des conventions discutables pour les volumes contigus ; il comprend les édifices religieux et n'équivaut donc pas à 13 logements. Aucun nombre exact de maisons fiscales du bourg en 1824 ne peut être donné sans l'état de sections. Décompte incertain

Plan cadastral de 1824, feuille C1 : le bourg oriental de Saint-Félix, église au sud, cimetière au nord, corps bâtis numérotés.
AD24 3 P 3 4621, section C1, 1824. Le bourg oriental : église au sud, cimetière marqué de croix au nord.

La feuille C1, 3 P 3 11288, est une mise à jour pour 1956, pas un document de 1824 malgré son classement dans la même série. Elle inscrit LE BOURG et Place Publique, et compte 18 masses bâties continues — une rangée qui ne fait qu'une masse alors qu'elle comptait plusieurs corps séparés en 1824. On ne peut donc pas calculer une croissance de « 13 à 18 maisons » : les conventions de dessin diffèrent. Lu sur l'original

Plan cadastral mis à jour pour 1956, feuille C1 : le bourg et la place publique de Saint-Félix, dix-huit masses bâties continues.
AD24 3 P 3 11288, C1. Le Bourg et la Place Publique sur la feuille mise à jour pour 1956.

Une étude de 2010 date de 1892 le remplacement du clocher-mur par un clocher-tour octogonal ; la visite de 1688 avait pourtant décrit sanctuaire et nef comme voûtés, ce qui suppose un examen architectural plutôt qu'une correction automatique de l'un des deux témoins. Saint-Nicolas est décrite ruinée au XIXe siècle, photographiée en juillet 1965, puis réparée en août 1973 — attribuée par la publication à la famille Bonfils-Lavernelle, sans qu'aucune filiation de propriété actuelle en soit tirée. Étude publiée, devis et plans non vus

Le relevé cadastral du 23 septembre 2026 distingue LE BOURG-EST, environ 10,79 ha et 52 parcelles, et LE BOURG-OUEST, 1,86 ha et 19 parcelles ; le regroupement géométrique donne 40 objets bâtis « durs » et 12 « légers », quand la BD TOPO en donne 47, dans 21 bâtiments pour 23 logements — des définitions différentes, aucune n'étant un chiffre d'habitants ou de propriétaires.

Carte postale ancienne du bourg de Saint-Félix-de-Villadeix, vue générale depuis l'est, avec le clocher et le front des maisons.
AD24 60 Fi 3381, édition Gindre, non datée. Vue générale depuis l'est, avec le clocher et le front des maisons.
Carte postale ancienne légendée Écoles, Mairie et Poste, montrant le groupe de bâtiments municipaux du bourg.
AD24 60 Fi 3384, édition Vve Gindre. La légende originale réunit « Écoles, Mairie et Poste », sans dater leur achèvement.
Photographie de 2008 de l'église Saint-Félix et de son clocher-tour octogonal.
Père Igor, Wikimedia Commons, 28 septembre 2008 (CC BY-SA 3.0). L'église et son clocher, à comparer aux cartes postales anciennes.
Photographie de 2008 du lavoir sur la Louyre au pied du bourg, abri de tuiles sur poteaux de bois.
Père Igor, Wikimedia Commons, 28 septembre 2008 (CC BY-SA 3.0). Le lavoir sur la Louyre ; la photographie ne date pas sa première construction.
Photographie de 2008 de la chapelle Saint-Nicolas dans le cimetière du bourg, portail en arc brisé à plusieurs voussures.
Père Igor, Wikimedia Commons, 28 septembre 2008 (CC BY-SA 4.0). La chapelle Saint-Nicolas dans le cimetière, restaurée en 1973 selon la publication de 1983.
PopulationRecensement par
recensement

De 31 à 62 habitants, entre 1836 et 1946

Le tableau concerne le bourg, non la commune entière. Les « maisons » d'un recensement ne sont ni les corps bâtis du cadastre ni les logements de la BD TOPO ; les effectifs de 1836 reposent sur une localisation par hypothèse, le registre ne portant pas de noms de lieux à cet endroit.

AnnéeMaisonsMénagesPersonnesContrôle
1836non indiquées7 (hypothèse)31 (hypothèse)Registre sans noms de lieux ; localisation par hypothèse
1841—10396 MI 22, p02D–p03G
1846141462Accord avec récapitulatif
1851101161 / 64Récapitulatif lui-même incohérent (totalise 62)
1856141660—
1861161654—
1866121348—
1872141462—
1876151560—
1881161759—
1891171756—
190120 / 2120 / 2262Liste lue sur l'original ; maison 20, individu 62
19211718536 M 358
1926141438—
19311515355 Italiens omis du récapitulatif ; lu sur l'original
193616163734 Français, 3 étrangers
194613 / 201340AD24 106 W 71 ; 34 Français, 6 étrangers

Un feuillet supplémentaire, daté du 15 février 1951 mais annoncé comme tiré du recensement de mars 1946, donne au chef-lieu 20 maisons, 13 ménages, 31 habitants — en contradiction avec les 40 de la liste nominative. Sa date de rédaction ne permet pas d'en faire un nouveau recensement autonome de 1951. Les années 1886, 1896, 1906 et 1911 ne sont représentées par aucune liste du bourg exploitable dans les documents consultés ; pour 1911, l'image consultée porte explicitement « Commune manquante dans le registre pour cette année ». Les 89 feux de 1365, les 133 feux de 1692 et les 170 feux de 1789 sont exclus de ce tableau : unités et échelles différentes. Feuillet de 1951 non autonome

Aujourd'huiUn centre encore actif

Mairie, école, agence postale

Le Bourg conserve ses fonctions de centre communal : mairie, école élémentaire publique, service postal et équipements collectifs. L'annuaire officiel de l'Éducation nationale situe l'école au Bourg et indique un service de restauration ; La Poste répertorie une agence communale en mairie, également au Bourg — d'après les sites officiels. L'église, Saint-Nicolas au cimetière, le lavoir et le monument aux morts structurent toujours la lecture patrimoniale du centre.

Orthophotographie récente IGN du bourg de Saint-Félix-de-Villadeix : noyau ancien, mairie-école et terrains de sports au nord.
Orthophotographie (photo aérienne) IGN récente. Noyau ancien, mairie-école et terrains de sports au nord ; date exacte du cliché non établie.

Le nombre actuel d'habitants du seul Bourg n'est pas établi : la population INSEE de la commune entière, les adresses postales et les objets cadastraux ne permettent pas de le calculer. Les occupants et propriétaires privés contemporains ne sont pas nommés dans ce dossier.

Et maintenantOù chercher

Ce qu'il manque : la chaîne foncière

Les registres paroissiaux et l'état civil ont été lus ; il manque surtout la chaîne foncière de chaque maison — propriétaires de 1824, entrées et sorties de matrice, héritages, ventes, baux et partages. Les résidences sont abondantes, mais ne disent pas quelles familles possèdent ou louent telle construction.

À consulter en salle

  • 63 P 1716
    63 P 704

    État de sections A-E et matrice à partir de 1826 : propriétaire, nature fiscale, surface et compte de chaque parcelle du bourg ; résoudre les numéros C 199-219 et le groupe occidental E.

  • 63 P 2192

    Matrice des propriétés bâties à partir de 1882 : entrées, sorties, démolitions, constructions nouvelles, à rapprocher des maisons des recensements.

  • 63 P 1547/1-3

    Non bâti 1914-1955 (folios 1-475) et bâti 1910-1955 : comptes et mutations, concordance entre 1824, la mise à jour de 1956 et les parcelles actuelles.

  • 12 O 482

    Dossier communal 1836-1939 : église et presbytère (1837-1939), cimetière (1895), chemins (1864-1884), aliénations (1836-1864) — le chantier du clocher de 1892 s'y trouve peut-être.

  • Q 550 n°331
    Q 79 n°370

    Anciennes cotes citées par Brugière pour la vente du presbytère de 1796 ; concordance à demander, en gardant Q 139, Q 165, Q 171 et Q 176 comme pistes de reclassement à contrôler.

  • 2 E 1528-4

    Bancs d'église, XVIIe siècle-1772, fonds Bonfils : acquisitions et procès autour des sépultures de Saint-Nicolas, notamment 1644-1666.

  • 5 K 381

    Conseil de préfecture, construction d'école et vicinalité de Saint-Félix, 1866-1884 : marchés, litiges et paiements.

  • 4 T 171*-174

    Registres d'appel des écoles de garçons (1883-1924), de filles (1920-1924), mixte (1924-1930) et cahiers (1937-1939) : classes, effectifs, passage à la mixité.

  • B 2226, f. 164v
    B 132

    Déclaration de revenus de la cure (22 juillet 1692) et enquêtes 1612-1614 : relire les originaux pour compléter la liste des curés et contrôler l'identité d'Antoine Rochon/Rouchon.

  • 24 U 34 · 24 U 36

    Répertoires notariaux de Me Bézenac (an XIV-1822) et Saint-Maurice (an VIII-XIII) : ventes, baux, contrats et partages des habitants du bourg.

  • Mairie / AD24

    Registre des délibérations municipales, séance du 13 janvier 1946 : pièces comptables et correspondance du monument aux morts, terrain Brachet, souscription, sculpteur Dorillac.