Dossier d'archives · Dordogne
Un écart de bois et de clairière, au nord de la commune, à la lisière du domaine de Lapeyrouse. Le nom dit un four à tuiles dont personne, ici, n'a jamais laissé le souvenir d'un métier : cent trente ans de journaliers (ouvriers payés à la journée), de laboureurs (paysans) et de métayers (cultivateurs qui partagent les récoltes avec le propriétaire) — jamais un tuilier — occupent seuls une maison qui n'a pas changé de place depuis le plan de 1824. Le fil s'arrête net après 1936, le temps que la forêt referme la clairière ; il reprend en 2024 avec un projet touristique resté sur le papier.
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La Tuilière est un écart agricole du nord de la commune, aujourd'hui enveloppé de bois. Le point de repère du lieu-dit — 44,94184° N, 0,68951° E — place à vol d'oiseau la ferme de Narbonne à environ 300 m au nord, Le Brodas à 300 m au sud-ouest, Lapeyrouse à 460 m au nord-ouest, Constant à 500 m au nord-est et Cantegrel à 580 m au sud-est. Ce sont des distances calculées entre points de repérage, ni des distances routières, ni des limites de propriété — mais la proximité de Lapeyrouse correspond bien à ce que disent les actes anciens. Point de repère du lieu-dit
Le statut le mieux documenté est celui d'une petite exploitation agricole, une maison recensée avec ses dépendances. Ses habitants sont, selon les époques, journaliers, laboureurs, cultivateurs, puis expressément métayers. Aucun acte exploité ne lui donne un statut de maison noble ou de seigneurie, et aucun propriétaire successif du fonds n'est identifié par un titre foncier dans ce dossier. Chaîne de propriété non établie
Le nom appartient très vraisemblablement à la famille de l'occitan teulièra, lieu de fabrication des tuiles ou des briques. Pèire Casado rapproche explicitement teuliere, teulieyra et teulieyre de ce mot dans son recueil lexicographique (p. 200) ; ses exemples viennent d'autres communes et n'y datent pas cet établissement périgourdin. Le TLFi rattache de son côté tuilerie à tuile. Application au site : hypothèse
Le nom est un indice fort d'une ancienne activité de cuisson — il ne fixe ni la date d'ouverture d'un four, ni sa durée, ni le nom de son exploitant. Aucun des habitants localisés ici avec certitude, du XVIIIe au XXe siècle, n'y est jamais désigné comme tuilier. Une activité saisonnière associée à l'agriculture reste possible, mais n'est démontrée par aucun acte lu pour ce dossier.
Le 8 octobre 1678, on enterre à Saint-Félix Louis Chabanac, vingt mois, fils de Guilhem Chabanac, tuillier (fabricant de tuiles), dont le cousin germain Jean Chabanac est aussi tuillier ; tous habitent « la tuilliere de Lapolelie », la tuilerie de La Pouleille, village situé à environ 890 m d'ici. Est-ce la même que La Tuilière ? Peut-être : le nom peut désigner une tuilerie placée au village, ou une tuilerie appartenant au domaine de La Pouleille, ailleurs sur ses terres. Aucun document lu ne permet de trancher ; 1678 n'est donc pas retenu comme première date de La Tuilière. Identification non établie
La carte de Cassini (feuille 71, Bergerac) porte dans le même secteur « Tuilerie de Cartegrel », mais le signe est placé plus à l'est, vers Cantegrel, et rien ne prouve qu'il s'agisse de La Tuilière de Lapeyrouse : la date de 1766 donnée pour cette feuille n'est donc pas retenue comme première mention du lieu. Identification non établie
« La Teulière » figure parmi les variantes de recherche du répertoire des lieux-dits établi pour cette étude ; aucune attestation datée de cette forme précise n'a été trouvée dans les documents exploités pour ce dossier.
Les trois registres paroissiaux de Saint-Félix, 1668-1680, 1681-1741, 1743-1792, ne contiennent aucun acte identifié de façon sûre à La Tuilière. Cela n'établit pas que le lieu était inhabité : un habitant peut être désigné par Lapeyrouse, par Cantegrel, ou par un nom aujourd'hui disparu, et les registres conservés comportent des lacunes.
Aucune mention médiévale n'est attribuable avec sûreté à ce site. Aucun accensement, terrier, hommage ou titre seigneurial n'a été retrouvé sous ce nom ; l'accensement (concession de terre contre redevance) bien connu de Caveroque en 1370 concerne un autre lieu et ne date pas La Tuilière. La paroisse relevait du cadre seigneurial de Montclar, mais ce contexte territorial ne désigne pas le seigneur direct de cette parcelle. Une origine médiévale du nom ou de l'atelier reste, à ce stade, une hypothèse sans attestation. Rien avant 1794
C'est, dans ce dossier, la première attestation sûre du lieu : une sage-femme déclare la naissance de Marie Gauville à Lapoulelie, et parmi les témoins figure Elisabet Lambert. Le fait concerne son domicile ; la naissance elle-même a lieu ailleurs.
Trois ans plus tard, en décembre 1797, une Helizabeth Lambert, 22 ans, fille de feu Jean Lambert, journalier, et de Marguerite Lambert, y est domiciliée avec sa famille et épouse Jean Lambert, 25 ans, du Vignial. Son identité avec la témoin de 1794 est possible, non garantie par une filiation écrite.
Le 22 mai 1798, sous la forme devenue caractéristique « la tuilerie de Lapeyrouse », Marguerite Lambert, 33 ans, journalière, épouse Pierre « jauerjat » (Javerjat), journalier, dont la famille est de Caveroque. L'acte donne au marié « trente sept ans » et à l'épouse « trente trois ans ».
Deux enfants du couple sont documentés ici : Helizabeth, née le 8 mai 1800, et Jean, né le 26 mars 1802, dont l'acte répète « la tuillerie de Lapeyrouse ». Une Marguerite Lambert de 64 ans, née à Coustan, meurt en juillet 1802, également domiciliée au lieu — sans qu'on puisse l'assimiler sans explication à la jeune épouse de 1798. Un troisième couple, Bernard Lambert, laboureur, et Philippe Nardou, y a une fille Marguerite en novembre 1803 ; ce couple est par ailleurs documenté à Garissade avant et après ce passage.
François Grelety et Marie Besse — mariés en 1808, lui de Lapeyrouse, elle du Girard — ont trois fils au lieu : un garçon sans prénom noté en 1809, Jean en janvier 1812, un second François en 1814. L'acte de 1812 qualifie expressément François de laboureur métayer — la première mention de métayage attachée au lieu dans ce dossier.
Le 1er mars 1824, Jeanne Carbonnel, 22 ans, née à Grand-Castang, réside à la Tuillière avec ses parents Antoine Carbonnel (53 ans) et Marie Paviau (50 ans) ; elle épouse Pierre Blanchès, 18 ans, de Lalinde. Le jeune ménage s'établit au lieu, où naît leur fille Marguerite le 22 août 1825 — trois générations documentées sans qu'aucune dot foncière ne soit précisée.
Sur la section B, deuxième feuille, le nom « La Thuillière » accompagne un ensemble de quatre emprises bâties : deux groupées autour de la parcelle 730, encadrant une cour, avec au nord la parcelle 731 figurée en jardin ou enclos ; deux autres, petites et isolées, plus à l'ouest, vers les numéros 752 et 753. Au sud du groupe principal, deux formes fermées colorées comme des surfaces en eau — mares ou bassins possibles, sans qu'on puisse les baptiser fosses d'extraction d'argile ou bassins de décantation.
Les quatre emprises ne représentent pas quatre foyers : la carte distingue des constructions, les recensements comptent des ménages. Une maison avec plusieurs dépendances convient au profil des listes du XIXe siècle, sans que la distinction habitation/grange/étable soit inscrite sur ce plan.
En novembre 1829, Fronton Longis, laboureur de 45 ans, domicilié au lieu, va déclarer à Berthier le décès d'un enfant Gontier — un témoin, pas un habitant de Berthier. Le mariage du 17 septembre 1839 établit la génération suivante avec solidité : Léonard Longis, 25 ans, né à Cantegreil, demeure à la Tuillière avec ses parents Front Longis et Anne Chassain, cultivateurs ; il épouse Catherine Angeli, des Granges, fille d'Élie Angeli et de Claire Prévot.
Le recensement de 1841 qualifie explicitement le lieu de « maison isolée » : Pierre Faure, cultivateur, y vit avec Catherine Domenge et deux fils prénommés Jean. En 1846, un troisième fils Pierre et Martial Domenge, 73 ans, aïeul des enfants, portent le ménage à six personnes — le maximum observé dans ce dossier.
Le ménage quitte le lieu au plus tard en novembre 1848 : Martial Domenge meurt le 11, à Narbonne — le hameau voisin de Saint-Félix, non la ville de l'Aude —, et Pierre Faure, son gendre, y est déjà domicilié comme déclarant.
Une succession de ménages occupe ensuite la maison : Jean Cassaigne, métayer, en 1851 ; Antoine Fontaine et Pétronille Pelon en 1856 ; Jean Fardet et Marie Teillet, avec leur fils Pierre et une servante, Marie Carbonnel, 28 ans, en 1861 — puis les trois seuls Fardet–Teillet en 1866. Aucun de ces instantanés ne dit la cause des départs ni la date des nouveaux baux.
Pierre Fonsegrive et Françoise Fontat sont établis au lieu à partir de 1870. En 1876, c'est le père de Pierre, Antoine Fonsegrive, veuf de 66 ans, qui est chef d'un ménage de cinq personnes sur trois générations : lui, son fils, sa belle-fille, deux petites-filles.
En juin 1879 naît Jeanne Besse, fille de Jean Besse, cultivateur, et d'Anne Roque — une famille qui n'apparaît dans aucun des recensements encadrants. En 1881, Pierre Russac, cultivateur métayer de 43 ans, occupe le lieu avec Marie Teillet, leur fille Aline et Féline Russac, 21 ans, dite fille du chef — une composition qui suggère, sans le prouver, une famille recomposée. En août 1887, un nouveau couple, Jean Chantegreil et Marie Prévot, tous deux cultivateurs, y a une fille, Jeanne.
Le 10 février 1893, l'acte le plus explicite du dossier sur le statut social du lieu : à la naissance d'Augusta Bierne, ses deux parents, Jean Bierne et Marie Béney, sont qualifiés « tous deux cultivateurs métayers, domiciliés ensemble audit lieu de la Thuilière ».
La série du XXe siècle est discontinue à l'échelle du lieu : aucune rubrique identifiée en 1901, 1921, 1926 ou 1931. Une absence d'intitulé n'est pas un effectif nul — le logement peut être vide, ou ses habitants comptés sous un autre village.
En 1936, une rubrique distincte donne une maison, un ménage, une habitante : Marie Labrousse, née en 1878 à Saint-Félix, chef de ménage, domestique agricole. La colonne du patron porte « Courteix » — l'employeur déclaré, pas nécessairement le propriétaire de sa maison. Rien, dans cet acte, ne documente d'activité tuilière.
Les photographies aériennes des couches 1950–1965 et 1965–1980 montrent toujours un petit groupe bâti au même emplacement, desservi par un passage venant du nord, dans une clairière entre des masses boisées. Aucun document exploité ne permet de dater une cessation d'activité agricole ni une dernière résidence permanente.
Le PLUi-H (plan local d'urbanisme intercommunal), approuvé le 26 novembre 2024, comporte une fiche STECAL n° 30 (secteur à part, constructible dans une zone agricole ou naturelle), réalisée le 8 novembre, pour un secteur de 0,5 hectare destiné au tourisme et aux loisirs, dans les bois au nord-est de La Tuilière. La rubrique décrivant le projet y est entièrement vide.
La synthèse des avis de mai 2024 conserve, à la ligne 237, un avis défavorable de la Chambre d'agriculture à ce secteur, au motif du mitage et du risque d'incendie de forêt. Ni cet avis ni la fiche de novembre ne prouvent qu'un hébergement touristique soit aujourd'hui construit ou exploité au lieu-dit.
Quatre questions restent ouvertes : qui possédait le lieu, quel rapport juridique l'unissait à Lapeyrouse, où se trouvait le four supposé, quand l'activité artisanale a cessé — si elle a jamais existé sous cette forme. Aucune n'a de réponse dans les registres paroissiaux et l'état civil.
État de sections de Saint-Félix et matrice ouverte en 1826 (registre cadastral) : propriétaires, nature et contenance des anciennes parcelles B 729-732 et 751-755, en particulier 730, 731, 752 et 753 ; chercher les mots maison, four, tuilerie, mare, fosse.
Fonds du domaine de Lapeyrouse à Saint-Félix-de-Villadeix, XVIe-XXe siècles : baux, comptes de métayage, plans, correspondance sous les graphies Tuilière, Thuillière, Tuillerie, Teulière et Cartegrel.
Matrices bâties de 1882 et de 1910-1955, non bâties de 1914-1955 : identifier la maison et ses propriétaires pendant les occupations Fonsegrive, Russac, Chantegreil et Bierne, et dater les transformations fiscales du bâti.
Baux du bureau de Lalinde, mutations par décès, tables des acquéreurs et vendeurs, contrats de mariage, testaments, successions : relier une mutation cadastrale à une vente ou un partage, une fois un propriétaire identifié.
Conservation des hypothèques de Bergerac : inscriptions et transcriptions de ventes, désignations complètes des immeubles.
Contrôle des actes de Montclard (1732-1791) et tables de partages (1751-1790) : chercher une tuilerie de Lapeyrouse ou Cantegrel, puis retrouver la minute notariale correspondante.
Minutes du notaire Perrot à Saint-Georges (1748-1792) : baux et ventes signalés par le contrôle des actes.
Contrats de mariage à Beauregard et à Mouleydier : compléter les lignées Fardet-Teillet et Fonsegrive-Fontat, et vérifier si des biens du lieu figurent dans les apports.