Dossier d'archives · Dordogne
Tous les lieux-dits de Saint-Félix-de-Villadeix
Un tertre ovalaire cerné d'un fossé, au nord de Caveroque — nommé « Tumulus » sur la carte d'état-major, puis « Château de la Motte » par un abbé en 1945, enfin « Château de Lamoute » au cadastre. Aucun titre médiéval ne le nomme ; un praticien (homme de loi) de La Pouleille signe pourtant « Lamothe » dès 1680, sans qu'on puisse prouver le lien. Entre les deux, deux siècles de silence, un plan de 1824 sans bâtiment, et depuis 2014 un sentier qui mène jusqu'au fossé.
Le lieu-dit cadastral « CHÂTEAU DE LAMOUTE » s'étend au nord de Caveroque et de La Palue, en bordure méridionale d'un grand chemin ancien. Mais la motte elle-même se trouve vers 44,92898 N ; 0,66225 E — à environ 200 mètres au nord du point de repère du lieu-dit, placé au milieu des terres du lieu-dit (44,92719 ; 0,66206). C'est un écart qui explique pourquoi certains relevés centrés sur le seul point médian n'ont pas repéré le tertre. État-major et plan IGN, coordonnées BD TOPO
La butte est ovalaire, bordée d'un fossé visible sur l'imagerie récente comme sur l'ombrage du modèle numérique de terrain LiDAR (relevé laser du relief). Une description locale lui donne environ 45 sur 40 mètres, et 5 à 6 mètres entre le fond du fossé et le sommet : ce sont des estimations publiées, pas un levé topographique réalisé pour ce dossier.
L'emprise cadastrale portant le nom est beaucoup plus vaste que la motte : 23,95 hectares, 39 parcelles, toutes en section E, et aucun bâtiment cadastral en dur ou léger. La parcelle actuelle E 0084 porte le repère patrimonial près du tertre. Ces chiffres décrivent le lieu-dit cadastral d'aujourd'hui, pas l'étendue d'un château médiéval ni celle d'une propriété unique. Cadastre Etalab, IGN, GPU, extraction de septembre 2026
Le rapprochement de Lamoute avec la motte, au sens du tertre fortifié, est cohérent avec les appellations successives du site et avec la forme du terrain. C'est une explication vraisemblable du nom de lieu, pas une étymologie démontrée par une série médiévale de formes : aucun acte ancien ne nomme ce site précisément, et l'on ne propose donc ni étymon reconstruit ni date de formation du nom.Rapprochement plausible, non démontré
Le Dictionnaire topographique d'Alexis de Gourgues (1873) contient trois entrées qui portent un nom voisin, sans qu'aucune ne se laisse identifier avec certitude au site actuel :
| Forme exacte | Date rapportée | Source consultée | Ce que l'on peut retenir |
|---|---|---|---|
| « Ten. de la Mothe Vigueyral » | 1562 | Gourgues, p. 340, art. Vigeral, d'après un acte notarié | Mention ancienne réelle dans l'imprimé ; rattachement à Lamoute non démontré. |
| « Mothe-Ferrière (La) » | 1667 | Gourgues, supplément, p. 360, commune de Saint-Félix, d'après un acte notarié | Un lieu ainsi nommé existait dans la paroisse ; pas localisé au tertre par la notice. |
| « Castel-la-Mote » | 1873 (sans date ancienne) | Gourgues, p. 57, à la Pouleille, commune de Saint-Félix | Candidat intéressant par le nom et la proximité ; aucune équivalence certaine. |
Ces trois entrées restent, dans ce dossier, ?:la Mothe Vigueyral, ?:Mothe-Ferrière et ?:Castel-la-Mote — des pistes, pas des variantes datées de Lamoute. Les dates 1562 et 1667 ne peuvent pas servir d'acte de naissance au site : la base documentaire assurée du tertre commence par le cadastre de 1824.
La morphologie du tertre et de son fossé, son inventaire parmi les structures fortifiées médiévales par Yves Laborie et les observations publiées par Gilles Delluc fondent son interprétation comme motte castrale (tertre fortifié) — mieux étayée que les étiquettes « tumulus » ou « oppidum » héritées des cartes. Cela n'apporte ni stratigraphie, ni datation absolue, ni plan du château disparu.Laborie 1990 ; Delluc 2017
Un récit local place les mottes de la région au Xe siècle ; le sentier pédagogique du village retient les environs de l'an mil. Ces propositions ne s'appuient, dans les documents examinés, sur aucun mobilier daté ni résultat de fouille propre à Lamoute : la date de construction doit rester ouverte. Aucun document ne prouve ici une sépulture mégalithique, un oppidum gaulois, une attaque normande, un incendie ou un souterrain. Datations non validées
Un récit local propose que la motte ait surveillé l'axe ancien Bergerac-Brive et dépendu du castrum de Montclar — plausible dans le cadre seigneurial de la paroisse, restée sous la châtellenie puis la baronnie de Montclar jusqu'en 1789 — mais sans date, cote ni transcription contrôlable à l'appui. Le seigneur fondateur et le détenteur médiéval du site ne sont pas identifiés. Une prospection de tracé vers Mouleydier, en 2021, part encore du tertre comme repère de terrain ; elle ne le fouille pas et ne le date pas.
En juillet 1680 — le quantième du jour reste incertain, voir ci-dessous — Jean Malmontagne, dit « sieur de Lamothe » (titre d'usage devant un nom de domaine), intervient comme parrain (il présente l'enfant) dans un baptême. Le curé le qualifie de praticien, indique son domicile à La Pouleille, et sa signature porte « Lamothe ». C'est la plus ancienne mention personnelle retrouvée du nom dans les registres de la paroisse. AD24, 5 E 409/1, v. 486
Un acte d'avril 1682, au jour mutilé, distingue expressément deux Jean Malmontaigne : le parrain, chirurgien de Périgueux, et celui qui le représente, sieur de Lamothe (même titre d'usage), habitant La Pouleille. Le chirurgien n'est pas, dans cet acte, qualifié de sieur de Lamothe : il faut séparer ces deux identités, que des notices généalogiques ont pu rapprocher trop vite. 5 E 409/2, v. 46
Le titre se répète le 20 septembre 1682, le 3 janvier 1683, le 3 octobre 1683 et le 17 février 1684 : ces parrainages et témoignages mettent l'homme en relation avec des familles de La Vernelle, de Rabard et de Monclor, mais le domicilient toujours à La Pouleille. Aucun de ces actes n'atteste ni maison habitée à Lamoute, ni exploitation agricole du tertre. Le 29 août 1694, Judith Malmontagne, environ 65 ans, est inhumée à La Pouleilhe ; Jean Malmontagne, sieur de Lamothe, y est expressément dit son neveu — la parenté la plus nette établie pour cet homme. 5 E 409/2, v. 308
Le nom réapparaît encore le 30 septembre 1690 (patronyme pâli, lecture incertaine) et le 5 juin 1705, sans prénom ni titre. Sur vingt-cinq ans, du praticien de 1680 au nom seul de 1705, rien ne révèle de doublon ni de télescopage de générations — mais rien ne prouve non plus, dans ces actes, une maison à Lamoute même : l'homme habite La Pouleille du premier au dernier acte qui le nomme.
Trois dossiers différents mentionnent un fief ou un titre voisin du nom, sans qu'aucun ne rejoigne sûrement les autres ni le site actuel :
| Piste | Ce que dit la source | Limite |
|---|---|---|
| Rochon | Hélie-Guillaume de Rochon de Lapeyrouse, dit seigneur de « la Mothe »/« la Motte » vers 1668-1675 (Saint-Saud, 1942). | Fief non localisé par le livre ; carrière militaire hors de la paroisse. |
| Favareille | Testament du 26 juin 1689 : legs à Jean Favareille de Caveroque, Ravard et du « fief de Lamothe-Ferrière » (Roux, 1911). | Acte original non consulté ; fief non localisé par confronts. |
| Malmontaigne / Lassaigne | Procès (1689-1693) de Jean Malmontaigne, sieur de « La Mothe », contre Raymond de Rochon ; succession en 1734 de sa fille présumée, Françoise, veuve Lassaigne. | Objet foncier du procès inconnu ; filiation et transmission de Lamoute non démontrées. |
Ces trois pistes peuvent se rejoindre par des droits de nature différente, ou concerner plusieurs lieux homonymes : les documents disponibles ne permettent pas de choisir. Aucune vente, aucun partage, aucun mariage transférant sûrement le site actuel n'est établi pour la fin de l'Ancien Régime.
Aucun acte d'état civil de 1793-1922 n'est rattaché à Lamoute dans les documents consultés. Cela ne démontre pas une absence de fréquentation du lieu : les événements d'un éventuel exploitant pouvaient être enregistrés sous son domicile à La Palue, Caveroque ou ailleurs.
Le cadastre de 1824 est le premier document parcellaire localisé consulté pour ce site. Sur la feuille E1, le secteur de la motte ne porte ni nom de château, ni masse bâtie. Une station du canevas, marquée « N » et cerclée en rouge, est placée dans ce secteur, près du chemin — un signe d'arpentage, non un plan de tour ou de donjon. AD24, 3 P 3 4625, E1
Le n° 19 ne désigne pas toute la motte : il désigne la bande de terrain au nord du signal, et non une parcelle qui l'engloberait. Le signal se trouve au sud de cette bande et à l'est du n° 18. La continuité des limites suggère son inclusion dans la grande parcelle 63, plus à l'est, mais ce rattachement reste à confirmer par l'état de sections.
Rattachement à la parcelle 63 : hypothèse à confirmer
La carte d'état-major distingue ensuite le relief par le mot « Tumulus » et un petit symbole rayonnant, près du carrefour. C'est la première désignation cartographique explicite du tertre dans les documents consultés — un vocabulaire de relief, pas un diagnostic de tombe préhistorique. Les propriétaires et la nature fiscale des sols en 1824-1826 restent inconnus : il manque l'état de sections et la matrice cadastrale (registre des propriétaires) correspondants.
En 1945, l'abbé G. Chaumette signale à la Société historique et archéologique du Périgord une motte féodale nommée « Château de la Motte », à environ un kilomètre de La Pouleille, dans l'angle de l'ancienne route de Montclar à Saint-Laurent-des-Bâtons et du chemin de Liorac. La description permet de reconnaître le site actuel : c'est la première attestation retrouvée qui associe clairement un nom de château à cette localisation. BSHAP, t. LXXII, 1945, p. 142
En 1963, M. Bierne, de Sainte-Foy-de-Longa, décrit au « Château de la Mothe » un grand tertre bordé de fossés, couvert de châtaigniers et d'ajoncs, voisin d'un tronçon de voie qu'il tient pour romaine. Ce témoignage documente bien l'état boisé du site avant son dégagement. Le bulletin emploie encore le mot « tumulus ».
En 1990, l'inventaire d'Yves Laborie range Saint-Félix-de-Villadeix parmi les mottes du Périgord (n° 12). En 1998, Jean-Pierre Bitard maintient une hésitation entre motte castrale et tumulus funéraire pour le relief au nord de Caveroque — l'histoire d'une interprétation, pas la découverte d'une tombe. En 1996, un récit local rapporte un dégagement de la couverture végétale ; le site pédagogique du sentier attribue plus largement à la commune des travaux de déboisement dans les années 1990.Date de 1996 : récit local, sans pièce de travaux retrouvée
Le 28 octobre 2014, le tableau des fonds de concours de la communauté de communes inscrit un projet d'aménagement de la motte féodale au titre du petit patrimoine : 20 000 € HT de travaux, 6 000 € de fonds de concours. Ce sont les montants présentés au conseil, pas un décompte final des dépenses réellement payées. CCBDP, compte rendu du 28 octobre 2014, p. 11
En 2016, des photographies montrent la butte dégagée, son fossé et un panneau réalisé par des élèves d'un lycée agricole de Périgueux. En 2017, la motte est intégrée à un sentier d'interprétation de 3,5 km, avec une dizaine de stations consacrées au paysage et à l'histoire. La visite donne accès à un relief conservé et à une médiation historique, pas à un château encore debout.
Le BSHAP de 2016 imprime, pour ce site, 44°56′09,28″ N, 0°40′07,04″ E, soit environ 44,935911 ; 0,668622. Ce point est à environ 920 mètres au nord-est de la motte telle que l'identifient l'IGN et les photographies. C'est une erreur de localisation dans la notice imprimée, et non la preuve d'une seconde motte à ces coordonnées.
Le 24 novembre 2020, la CCBDP étend un périmètre de préemption dans le cadre d'un projet de développement économique et agricole communal, et autorise la délégation de son exercice au maire. Cinq parcelles — E 0051, E 0053, E 0057, E 0061 et E 0063 — sont explicitement énumérées sous « Château de Lamoute » parmi les propriétés non bâties. Elles ne comprennent pas E 0084, le repère du tertre. Le document ne prouve ni l'achat de la motte à cette date, ni un changement effectif de propriétaire de ces cinq parcelles. Extension de périmètre, pas un acte de vente
En 2021, une prospection de terrain reprend la motte comme point de départ pour rechercher le tracé d'une voie ancienne vers Mouleydier : un compte rendu de repérage, pas une fouille du site. Le PLUi-H approuvé le 26 novembre 2024 (plan local d'urbanisme intercommunal) classe environ 23,90 ha du lieu-dit en zone N et 0,05 ha en zone A, avec un point de patrimoine bâti ou paysager sur la parcelle E 0084 — un repérage urbanistique, à ne pas présenter comme un classement au titre des monuments historiques.
Le tertre est bien décrit depuis 1945, mais rien ne relie encore de façon sûre le titre « sieur de Lamothe », porté à La Pouleille dès 1680, à la propriété de ce terrain-ci — ni ne date sa construction. La chaîne des propriétaires entre 1824 et le XXe siècle reste, elle aussi, à reconstituer.
État de sections et matrice de 1826 : nature de culture, nom de pièce et propriétaire des anciennes parcelles E 18, 19 et 63 ; résoudre l'emplacement fiscal du signal N.
Matrices non bâties, 1914-1955 : reconstituer la chaîne des propriétaires et la concordance vers le parcellaire actuel.
Registre de procès, 3 août 1689-17 avril 1693 : retrouver la procédure Jean Malmontaigne, sieur de La Mothe, contre Raymond de Rochon ; objet du litige, titres produits, confronts.
Fonds Favareille de la Coussetête, achats-échanges (1631-1690) et baux (1658-1694) : chercher Lamothe-Ferrière et les confronts de Caveroque/Ravard.
Requête du 24 mars 1734 contre Françoise Malmontaigne, veuve Lassaigne : identifier son père et le patrimoine litigieux.
Fonds de Gourgues : chercher les relevés ou originaux de « Mothe Vigueyral » (1562) et « Mothe-Ferrière » (1667).
Contrôler le contrat du 25 juin 1675 et une éventuelle localisation du titre d'Hélie-Guillaume de Rochon.
Archives non cotées : travaux de dégagement de 1996 ; projet et paiements de 2014 ; aménagements de 2016-2017 ; suites foncières de la délibération de 2020.
Carte archéologique et dossier de site « Château de Lamoute » : topographie, prospections, datations, anciennes photographies.