Dossier d'archives · Dordogne
Un écart de laboureurs, connu depuis un baptême de juillet 1670, sur un rebord de terrain qui regarde vers Saint-Marcel-du-Périgord. Les Lambert au XVIIIe siècle, les Malet et les Marchandou au XIXe, une ferme qui passe de quatre maisons à une seule entre 1856 et 1876 — et, en 1867, une annonce judiciaire qui décrit d'un coup la métairie entière, ses bâtiments, son colon partiaire (cultivateur qui verse une part de la récolte) et ses soixante articles de terre, jusque dans les communes voisines.
Tous les lieux-dits de Saint-Félix-de-Villadeix
Garissade occupe un rebord au-dessus d'un vallon oriental de Saint-Félix-de-Villadeix, à la lisière de Saint-Marcel-du-Périgord. Le bourg de Saint-Félix est à environ 1,70 km à vol d'oiseau à l'ouest-sud-ouest ; Berthier à 570 m au nord-ouest, Cavigne à 840 m à l'ouest, La Cabane à 870 m au nord-nord-ouest — des distances à vol d'oiseau entre points de repère, non des distances de chemin. Des terres ouvertes s'étendent à l'ouest du noyau bâti, des pentes boisées à l'est et au sud ; le chemin qui vient de Berthier longe le bâti et descend vers la vallée de la Louyre, tandis qu'un autre passage, dessiné dès 1824, part vers Saint-Marcel. Cadastre, IGN, répertoire des lieux-dits
Il faut distinguer trois périmètres qui ne mesurent pas la même chose : le noyau habité, le lieu-dit cadastral actuel GAPRISSADE, d'environ 29,74 ha et 53 parcelles de section C, et la métairie décrite en 1867, faite de biens dispersés à Saint-Félix, Saint-Marcel et Liorac. Les documents consultés ne fournissent ni désignation de maison noble, ni titre de « sieur de Garissade », ni moulin attaché à ce nom : « village », « lieu », « maison isolée » et « métairie » sont, en revanche, les mots que les sources emploient tour à tour. Bilan des documents consultés
Le glossaire d'André Pégorier donne Garrissade pour un taillis de chênes utilisé comme pâturage, avec une localisation d'usage plutôt cévenole et la variante limousine garrissal ; Robert Geuljans rattache la famille de garric / garriga au vocabulaire du chêne et des terrains broussailleux. L'annonce de vente de 1867 décrit précisément des taillis de chênes et des brebis à Garissade : le rapprochement éclaire donc le paysage agricole du lieu, sans dater ni expliquer les circonstances de la création du nom. Rapprochement lexical, non une origine datée
Un inventaire des Archives de la Dordogne, B 1526, emploie en 1758 le mot commun « garrissade » pour un bois dans une affaire de Cadouin : ce n'est pas une mention du lieu de Saint-Félix, et le fonds concerné est celui de la sénéchaussée et du présidial de Sarlat, non de Bergerac. De même, une Garissade à Saint-Caprais citée par Gourgues en 1475 est un homonyme sans rapport avec Saint-Félix. Contrôle des homonymes
Les variations dominantes sont le doublement du r et du s, l'ajout d'un u après le G, et l'emploi de l'article : « la Garissade ». Gaprissade, certain dans le cadastre numérique actuel, apparaît avec réserve dans un acte très endommagé de 1684 — c'est, à ce stade, la seule attestation ancienne de cette forme précise. En 1867, l'annonce distingue Combe-Garissade, Combal-Garissade et Combe-de-Garissade, des pièces de terre — la dernière forme se trouve notamment sur le territoire de Saint-Marcel — sans qu'elles désignent nécessairement le groupe de maisons. Gourgues, en 1873, mentionne « Combe-Garissade », lieu-dit de Saint-Félix, avec le renvoi « A. Jud. », aux annonces judiciaires ; on ne peut affirmer qu'il s'agit précisément de l'annonce retrouvée ici, mais elle appartient au type de sources qu'il consultait.
Le curé baptise ce jour-là Denis Gourci, âgé de douze jours, fils de Guilhem Gourci, laboureur, et de Gabrielle Martin : c'est la première attestation du lieu actuellement retrouvée dans les registres, après lecture des trois registres paroissiaux de la commune (1668-1792). Elle prouve un ménage installé, pas l'âge de la maison. L'acte écrit « Gourci » (et non « Gouvei ») ; « Gourei » reste une variante possible de la dernière lettre. Lu sur l'original
Le 16 janvier 1674, Marie Gourdy [?], fille de Guillaume, laboureur à Garrissade, épouse un laboureur de Cambiron, paroisse (ancêtre de la commune) de Sainte-Foy-de-Longas : l'alliance met déjà le lieu en relation avec une paroisse voisine. En 1681, l'acte montre une situation domestique nette : le 30 mai, le curé baptise Marie Goursi, née d'un « illegitime mariage », et qualifie sa mère Marguerite Fayolle de « servante dudit Goursi ». Le passage ne renseigne pas les circonstances de la relation, mais le passage est lisible sur l'image. L'acte écrit « Goursi » (et non « Goussi ») ; avec « Gourci » en 1670, il s'agit probablement de la même famille. Lu sur l'original
En mars 1738 (le jour a été emporté par une déchirure du registre), Martial Lambert et Marie Fardes ont un fils, Arnaud, à la Garissade. Le couple reparaît aux baptêmes de Léonard en 1746 et de Pierre en 1750. Un autre Lambert, Jean, épouse en 1754 Françoise Rougier, de Croucherie ; le baptême de leur fils Pierre, le 7 août 1758, porte en surcharge le prénom du père, remplacé par « Arnaud » — une divergence bien visible sur l'image. Lu sur l'original
Les années 1768-1790 ajoutent Langlade, Coulaud, Telliet, Taurel, Gauvet, Lavergne/Lauvergne et Campagniat, sans qu'une généalogie unique se dégage de ces homonymies et prénoms répétés. Ce que les registres établissent avec sûreté, c'est un peuplement continu de laboureurs entre 1670 et la Révolution, jamais rattaché ici à un titre seigneurial. 51 relevés paroissiaux, 1668-1792
Mathieu Valeton, environ quarante ans, est expressément qualifié de métayer (cultivateur qui partage la récolte avec le propriétaire) lors de son décès à Garissade, le 27 décembre 1813, déclaré le lendemain — un acte retrouvé dans les deux collections de l'état civil, deux exemplaires d'un seul et même décès. Lu sur l'original
Le 27 juin 1810 naît à Garrissade Pierre Malet, fils de Pierre Malet et Marguerite Guilhem. Le 10 mai 1837, ce même Pierre, vingt-six ans, né au village de Garrissade et devenu propriétaire cultivateur domicilié à Saint-Marcel, épouse Sophie-Justine Lambert, des Granges, fille d'un ancien chirurgien : l'acte cite explicitement sa naissance de 1810, ce qui établit la continuité entre les deux actes. Il sera ensuite maire, aux Granges, dans les années 1860-1870. Continuité établie par l'acte lui-même
Un autre Malet, Jean, né au bourg en 1813, pourrait être apparenté à ce ménage ; c'est précisément un Jean Malet jeune, ancien boulanger et cafetier à Vergt, que l'annonce de 1867 désignera comme propriétaire de toute la métairie de Garissade — sans que le dossier puisse encore prouver le lien de fratrie entre les deux Jean. Identification à établir par les matrices cadastrales (registres des propriétaires)
Pierre Marchandou, travailleur de terre, épouse en 1808 à La Valette Isabeau Desplat ; leur fils Jean naît là en 1809. Le ménage est attesté à Garissade au plus tard le 30 juillet 1832, au décès d'Izabeaud [?] Duplot, épouse de Pierre — une lecture conservée telle quelle, son identification à l'Isabeau Desplat des autres actes restant une hypothèse très probable, non une transcription littérale.
Jean Marchandou et Jeanne Bonpontet tiennent Garissade de 1836 à 1866 au moins, avec plusieurs enfants dont certains meurent en bas âge. En 1851, le recensement le qualifie de « propriétaire métayer » — une double qualification qui interdit de décrire sans réserve les Marchandou comme propriétaires de toute la métairie, sans pour autant identifier ici la parcelle qui aurait été la leur. Explication de la mention, non démontrée
Le 19 juin 1862, Marie Marchandou, née et domiciliée à Garrissade, épouse Jérôme Tabouy, des Cazernes, commune de Sainte-Foy-de-Longas. Lu sur l'original
La famille n'est pas figée sur place : le 25 février 1885, Jean Marchandou, soixante-quinze ans, né à Lavalette, veuf de Jeanne Bonpontet, meurt à Berthier — un parcours documenté entre La Valette, Garissade et Berthier, en trois actes d'état civil espacés de plus de soixante-quinze ans.
C'est la source foncière la plus précise du dossier, lue intégralement sur les cinq colonnes de l'image, superficies et numéros compris. Guillaume Baffet, praticien (homme de loi) à Périgueux, agit comme syndic de l'union des créanciers de la faillite de Jean Malet jeune, ancien boulanger et cafetier de Vergt. L'annonce cite un jugement commercial du 26 décembre 1866, puis un jugement du tribunal civil de Périgueux du 13 avril 1867 ordonnant la vente ; le cahier des charges est déposé le 29 avril chez Jules Larobertie, notaire à Saint-Alvère. L'adjudication en un seul lot est annoncée au 2 juin 1867, à midi, sur une mise à prix de 8 000 francs — sans que le dossier sache si un adjudicataire s'est présenté. Lu sur l'original
Tous les biens appartiennent à Jean Malet ; la métairie est exploitée par Vergnou, sans prénom, colon partiaire — le journal ne précise pas la fraction de récolte due au propriétaire. Une paire de bœufs, des brebis, une charrette et quelques outils aratoires accompagnent la vente. Les six premiers articles énumèrent la maison du colon, une grange avec étable à bœufs, des étables à brebis et un fournil, une chambre basse pour les récoltes, la cour et l'aire, le jardin — portés collectivement aux numéros cadastraux C 461, 463, 464 et 465. C 462 n'est pas cité, bien qu'il figure dans le noyau bâti dessiné en 1824. Lu sur l'original
La désignation compte 60 articles en tout (1 à 59, plus un 11 bis) : dix-neuf hectares et demi environ à Saint-Félix, huit et un tiers à Saint-Marcel, moins d'un hectare de châtaigneraie à Liorac — soit 28,65 ha au total, hors la cour, l'aire et le jardin des six premiers articles, non mesurés dans l'annonce. Total calculé d'après l'annonce
Les noms de terres relevés — Derrière-la-Grange, Combe-Garissade, Combal-Garissade, Queyrou-du-Pech, Coulure, Cazal, Vigne-Perdue, Plantou, Combette, Rebeyrole, Pré-de-Borrié, Dessous-du-Pont, Forêt, puis l'Échine-de-l'Âne et Combe-de-Garissade à Saint-Marcel, Croix-de-Bastabrique à Liorac — ne sont pas tous identifiables dans le répertoire des lieux-dits ; plusieurs restent des orthographes isolées. Sept parcelles de Saint-Marcel figurent encore à la matrice sous Marguerite Guilhem, veuve Malet, alors que l'annonce présente l'ensemble comme propriété de Jean : une situation cadastrale antérieure, dont le mécanisme de transmission n'est pas donné ici. Chaîne de propriété incomplète
La feuille C2 du cadastre de 1824 (le premier plan cadastral, dit cadastre napoléonien) dessine le noyau « Garrissade » à l'ouest du chemin nord-sud : au nord, un rectangle d'environ 17 × 9 m associé au n° 464 ; quarante mètres plus au sud, un corps allongé d'environ 8 × 16 m portant le n° 462, avec un renvoi 461 et une petite annexe à l'ouest. Les numéros 463 et 465 désignent les abords. Le tableau d'assemblage individualise trois à quatre petits corps — une subdivision du corps méridional pourrait l'expliquer, sans que ce soit démontré. Lu sur le plan
L'annonce de 1867 apporte les usages que le plan seul ne donne pas — logement du colon, stockage, étables, fournil, aire, cour, jardin — mais leur correspondance exacte avec les corps dessinés reste à établir : C 462 manque à la désignation de vente, et les quatre autres numéros sont cités en bloc. Aucun château, moulin ou bâtiment religieux n'est indiqué à Garissade sur la feuille de 1824. Légende des bâtiments à confirmer par la matrice
Sur l'orthophotographie récente, deux ensembles principaux restent reconnaissables dans la même implantation, entourés de cultures, de prairies et de lisières boisées ; le cadastre numérique et la BD TOPO comptent aujourd'hui cinq bâtiments en dur dans le polygone GAPRISSADE, pour environ 445 m² d'emprise au sol. Une permanence d'emprise depuis deux siècles ne prouve pas une permanence de toute la maçonnerie : seule une visite du bâti, confrontée aux matrices, pourrait le dire. Continuité d'emprise, pas de datation du bâti
Les recensements comptent les personnes rattachées au nom de Garissade dans chaque relevé, non les exploitants de toutes les parcelles du domaine de 1867. Le nombre de maisons monte à quatre en 1856, sept habitants, avant de retomber à une seule maison dès 1876 et de s'y maintenir jusqu'au milieu du XXe siècle — sans qu'aucune démolition ne soit démontrée par ces seuls chiffres : les années 1886, 1896, 1906 et 1911 manquent aux registres consultés, et l'absence d'une ligne ne signifie pas zéro habitant. Série de recensements, limites signalées
| Année | Maisons | Personnes | Source |
|---|---|---|---|
| 1841 | 2 | 6 | « maison isolée » — 6 MI 22, p. 4 |
| 1846 | 2 | 7 | 6 MI 34, p. 11 |
| 1856 | 4 | 7 | 6 MI 72, p. 14 |
| 1866 | 2 | 4 | 6 MI 96, p. 11 — Jérôme Taboury, gendre de Jean Marchandou |
| 1876 | 1 | 5 | 6 MI 118, p. 10 |
| 1901 | 1 | 3 | 6 MI 161, p. 9 — deux domestiques et une fillette |
| 1921 | 1 | 1 | 6 M 358, p. 4 — Pierre Chauvat, seul |
| 1946 | 1 | 4 | 106 W 71, p. 1 |
En 1921, Pierre Chauvat, né aux Eyzies en 1844, habite seul une maison à Garissade, sa profession portée « néant » ; il l'est encore en 1926 — un minimum documenté de population, non l'abandon du lieu. Lu sur l'original
En 1907, le mariage de Marie Malaure avec Pierre Carbonnel donne ses parents, Jean Malaure et Jeanne Bernardie, comme « propriétaires cultivateurs domiciliés à Garrissade » — sans date d'achat ni superficie, donc sans preuve qu'ils possèdent tout le domaine vendu en 1867. Propriétaires résidents, étendue de la propriété inconnue
Le lieu demeure porté comme lieu-dit habité « Garissade » dans la BD TOPO ; le cadastre numérique emploie GAPRISSADE. Les cultures déclarées au registre parcellaire graphique 2024 comprennent 5,57 ha de noix, 5,40 ha de prairie permanente, 0,85 ha de prairie temporaire et 0,12 ha de jachère — la coexistence de noyers et de prairies rappelle des productions déjà documentées en 1867, sans prouver une continuité des plantations ou des baux. Le plan local d'urbanisme approuvé le 26 novembre 2024 place le noyau au zonage agricole, et environ 8,63 ha du polygone intersectent la ZNIEFF de type I des coteaux xérothermiques de Sainte-Foy-de-Longas. Un établissement agricole individuel domicilié « GARRISSADE » a existé, sans exploitant nommé ici, du 1er décembre 1987 au 31 décembre 2000. Données géographiques et administratives, septembre 2026
L'histoire des habitants de Garissade est beaucoup plus fournie que celle de ses titres fonciers. La chaîne de propriété reste ouverte avant Jean Malet, après la vente annoncée de 1867, et entre les propriétaires cultivateurs de 1907 et le présent ; il n'est pas possible de remplacer ces titres manquants par la seule succession des noms dans les recensements.
Minutes et répertoire du notaire Jules Larobertie, Sainte-Alvère, 1867 (chercher le 29 avril et le 2 juin) et 1862-1899 : cahier des charges, origine de propriété, procès-verbal d'adjudication éventuel, acquéreur et prix.
État de sections A-E de Saint-Félix : propriétaires, natures et contenances des anciens C 461 à 465, et en particulier la fonction du C 462 absent de la vente de 1867.
Matrices des propriétés bâties et non bâties, 1826 et 1882 : comptes Malet/Guilhem et Marchandou, entrées et sorties jusqu'à la vente, puis après 1867.
Matrices du XXe siècle, non bâti (1914-1955) et bâti (1910-1955) : chaîne parcellaire, constructions et démolitions jusqu'aux Armandie du recensement de 1936.
Minutes et matrices de ces communes pour les anciens A 324-341 et B 554 : origine des biens de Marguerite Guilhem veuve Malet, cotes à identifier.
Jugement commercial du 26 décembre 1866 (faillite Jean Malet jeune) et jugement civil du 13 avril 1867 : dossier de créanciers et généalogie du failli ; cotes exactes non retrouvées dans le repérage en ligne.
Transcription de la vente et formalités des mois suivant juin 1867, pour vérifier la mutation effectivement réalisée.