Dossier d'archives · Dordogne
Un nom, deux lieux : à Saint-Félix, seize parcelles de fond de vallée sans une seule maison ; de l'autre côté du vallon, dans la commune voisine de Saint-Marcel, un vrai village, attesté dès 1672, où des laboureurs (paysans), des maçons et une lignée de Claveille vivent jusqu'au bout du XIXe siècle. Des actes anciens ont été mal lus pendant des années : ce que l'on prenait pour un « L » est un « E ». Ce dossier tient les deux moitiés du nom bien séparées, et raconte ce que les registres de Saint-Félix disent malgré tout du village d'à côté.
Tous les lieux-dits de Saint-Félix-de-Villadeix
À Saint-Félix-de-Villadeix, Leyssartade n'est pas un village habité dans les documents examinés : c'est un nom de terres de fond de vallée, au bord du ruisseau de Barbeyrol, contre la limite de Saint-Marcel-du-Périgord. Le lieu cadastral couvre environ 2,81 hectares, en section D, seize parcelles numérotées D 279 à D 294 ; aucun polygone de bâtiment n'y recoupe la couche cadastrale. C'est une mesure du périmètre nommé, non une superficie de propriété. Contrôle cadastral direct
Le village de Leyssartade, lui, avec ses maisons, est de l'autre côté du vallon, dans la commune de Saint-Marcel-du-Périgord (24445) : la BD TOPO de l'IGN l'y rattache explicitement. Les centres des deux périmètres sont distants d'environ 780 mètres, le village au sud-est des terres de Saint-Félix. Les deux cadastres communaux portent aujourd'hui le même nom — un même nom de part et d'autre d'une limite, ce qui est réel, mais qui ne prouve ni un déplacement du village ni un ancien transfert de commune.
La règle de rattachement retenue dans ce dossier est donc stricte : « Leyssartade » au sens de Saint-Félix désigne exclusivement le périmètre de terres ; le village historique, plus riche en archives, est noté à part comme appartenant à Saint-Marcel. Les personnes de ce village sont conservées ci-dessous parce qu'elles apparaissent dans les registres de Saint-Félix et y documentent des liens réels — parrainages, mariages, décès — mais elles ne constituent pas une population des seize parcelles.
Le rapprochement avec l'occitan issart/eissart, famille lexicale d'« essart » et du latin exsartum — une terre gagnée sur le bois par défrichement — est plausible : l'article « l' » soudé au nom (article agglutiné), présent dans plusieurs formes écrites anciennes, s'accorde avec cette piste. C'est une hypothèse d'étymologie, non une preuve d'un défrichement daté. Étymologie plausible, non démontrée
Trois pièces lues d'abord « Leyssarta[de] » (acte de 1674), « leystartade » (acte de 1744) et
« Léysertade » (plan de 1824) portent en réalité un E et non un L : en 1674, la capitale
ressemble au « E » à petite boucle ronde d'« Eglise », non au « L » ample de « Le vintiesme ».
La forme la plus ancienne paraît donc être « (l')Eyssartade », avec l'article soudé, et non « Leyssartade ».
Sur le plan de 1824, l'inscription que l'on croyait être une seule
phrase, « Chemin De Léysertade à S.t Felix. », se sépare en éléments
distincts : « Chemin » ; le nom du chemin, « De L'eysertade » ; et, de part et d'autre de la limite communale, deux labels
indépendants, « marcel. » et « S.t Felix. », qui nomment les deux communes voisines.
Cela ne change pas l'identification du lieu et renforce l'hypothèse étymologique, jusque-là appuyée seulement sur l'entrée de Gourgues en 1873 ; les actes de 1755 à 1797, repris d'un relevé sans nouvelle lecture de l'image, pourraient présenter la même confusion E/L, à vérifier.
Gourgues, en 1873, range d'ailleurs le lieu de Saint-Marcel sous « Eyssartade (L') » — la même forme que celle que l'on lit dans les actes anciens de Saint-Félix, un siècle et demi plus tôt.
Aucune mention antérieure à 1668 n'a été identifiée avec sûreté, ni pour ces terres, ni pour le village de Saint-Marcel. La première lecture positive demeure celle de 1672, ci-dessous. Il ne faut surtout pas importer ici le « Tenem. de Leyssartada, 1454 » que donne Gourgues : son entrée, page 177, concerne expressément un hameau de Sainte-Alvère, à distinguer aussi d'un pré de Sainte-Foy-de-Longas cité juste à côté, page 112, sous la forme Pratum de l'Eysartada. Trois noms de lieu voisins par la forme, trois lieux distincts.Homonymie écartée sur pièces
Aucun terrier (registre des redevances), hommage, accensement ou aveu propre à Leyssartade n'a été retrouvé. Aucun document lu ne qualifie ces terres de repaire, maison noble, métairie (petite exploitation agricole) ou moulin. Le cadre seigneurial de Montclar, connu pour Saint-Félix, ne remplace pas une preuve foncière sur ces parcelles et ne doit pas être transposé automatiquement au village voisin, qui relève d'une autre paroisse.
Le 5 juin 1672, Pierre Gontier, « fils de Zacarie » ou « de Laprade » (lecture incertaine), habitant du village de Leyssartade, paroisse de Saint-Marcel, est parrain de Pierre Laval, enfant d'un meunier du moulin de Vabaud (Rabard probable) à Saint-Félix. Le parrain signe. C'est la plus ancienne mention retrouvée du village, et elle prouve à la fois un habitat à Saint-Marcel et un lien de parrainage avec Saint-Félix. L'acte cite aussi un autre Pierre Gontier, marchand à La Valette, mari de la marraine : l'homonymie n'autorise pas à confondre les deux hommes. La suite du nom du parrain est incertaine : on peut lire « [sieur] de Laprade » ou « fils de Zacarie ». On rappellera qu'en 1674 un Pierre Gontie est dit sieur de Laprade. Lu sur l'original
Deux ans plus tard, le 20 mai 1674, Marie Cambron, femme de Pierre Gontie, sieur de Laprade, est marraine d'une enfant du moulin Bisson ; elle est représentée par Anne Delmoz [?], fille du notaire royal Pierre Delmoz [?]. Le titre lu est « sr de Laprade », et non « sieur de Leyssartade » : il ne prouve donc aucune seigneurie du lieu. L'identité de ce Pierre avec le parrain de 1672 n'est pas établie.
Le reste du XVIIIe siècle se manifeste surtout par des parrains et des marraines venus du village pour des baptêmes de Saint-Félix : Jean Chort et Antoine Fagette en 1744, Léonarde Cata[y ?] en 1755, Antoine Compte en 1757, Reymond Gueynaud en 1761, Marguerite Arnouil en 1765. Le 30 août 1768, le curé de Saint-Félix baptise Bertrand Bliot, fils d'habitants de Leyssertade, avec la permission de l'archiprêtre de Saint-Marcel — une explication positive, et rare, de la présence d'habitants de la paroisse voisine dans ce registre. Lu sur l'original
Trois actes de 1792 ajoutent un baptême de la famille Fagette et deux sépultures — Marie Sudrie, environ 70 ans, puis Jeane Meyriniac, 33 ans, mortes toutes deux au village en octobre. Rien ne prouve que ces familles possèdent les terres de Saint-Félix : ce que ces actes documentent, ce sont des vies et des morts à Saint-Marcel, et des liens de voisinage avec la paroisse d'à côté.
Le 18 mai 1797 (29 floréal an V), Guilliaume Gontier, 36 ans, natif de Saint-Félix, se marie avec Jeane Jammet, de La Brugère. Ses parents, Guilliaume Gontier, laboureur, et Anne Bruzel [?], sont dits domiciliés à Leyssartade, commune de Saint-Marcel. L'acte confirme une circulation entre les deux communes — un fils né à Saint-Félix, des parents installés au village voisin — non un rattachement du village à Saint-Félix.
Le plan de 1824 est le premier document qui, sur le territoire de Saint-Félix, nomme un chemin d'après le village voisin — « De L'eysertade », le long de la limite communale. Dans le fond de vallée correspondant au lieu cadastral actuel, aucun bâtiment n'est dessiné. Le plan ne permet de déduire aucun propriétaire : seuls les états de sections et les matrices (registres d'impôt foncier), non encore consultés, diraient si ces terres dépendaient déjà de ménages du village voisin.
Au XIXe siècle, l'état civil dévoile le milieu social du village : des cultivateurs, plusieurs maçons, un « propriétaire cultivateur » nommé Jean Fagette en 1829. Le 25 février 1829, Joseph Rentière [?], maçon, domicilié à Leysartade avec sa mère Jeanne Perrot, cultivatrice, épouse Fillette [?] Fardet. Trois lectures voisines — Joseph Peteur en 1828, Joseph Meuzerie en 1835, Joseph Peutière en 1836, tous maçons du village — pourraient désigner le même homme, sans que le rapprochement soit démontré.
Un même couple traverse trois recensements et deux mariages, sous une orthographe qui hésite entre Clavaille et Claveille. En 1837, Pierre Clavaille [?], cultivateur né et domicilié au village de Leyssartade, fils de Jean et Jeanne Rentière, épouse Catherine Molière de Caveroque — très probablement le même Pierre Claveille qui meurt veuf de Catherine à Caveroque en 1855. Un second Pierre Claveille, de mêmes parents, épouse Marie Boisset : c'est ce couple que l'on retrouve, avec leurs enfants Anne et Noël, à travers trois adresses successives. Deux ménages Claveille à ne pas confondre
| Date et résidence | Personnes du ménage | Source |
|---|---|---|
| 1866 Lacabane | Pierre Claveille, 48 ans, cultivateur ; Marie Boisset, 45 ans ; Anne, 20 ans ; Noël, 11 ans | 6 MI 96, p11 G, lignes 19-22 |
| 1872 Quatremailles | Pierre, 54 ans ; Marie, 51 ans ; Anne, 24 ans ; Noël, 17 ans — nés à Saint-Marcel, sauf Marie à Sainte-Foy-de-Longas | 6 MI 106, p04 D, pers. 9-12 |
| 11-05-1876 mariage d'Anne | Anne Claveille, 30 ans, née à Leyssartade, Saint-Marcel, domiciliée aux Girards avec ses parents ; épouse Pierre Dévaux, 21 ans, domestique au bourg | 5 E 409/12, v06 D-v07 G |
| 1876 Les Girards | Pierre, 58 ans ; Marie, 55 ans ; Noël, 22 ans ; Pierre Dévaux, gendre, 21 ans ; Anne, 29 ans | 6 MI 118, p06 D, lignes 15-19 |
| 19-02-1887 bourg de Saint-Félix | Noël Claveille, 32 ans, menuisier, né à Leyssartade, vit au chef-lieu avec sa mère ; épouse Marie Gatinel du Girard | 5 E 409/13, v02 D-v03 |
La continuité de ce ménage repose sur le couple, les prénoms des enfants et les relations écrites — pas sur les seuls âges, qui varient légèrement d'un recensement à l'autre. Elle permet de situer les déplacements entre deux attestations : arrivée à La Cabane avant 1866, passage aux Quatre Mailles entre 1866 et 1872, puis au Girard entre 1872 et mai 1876. Le mot « cultivateur » n'établit à aucun moment qu'ils aient possédé ces exploitations.
Gourgues situe sans ambiguïté L'Eyssartade dans la commune de Saint-Marcel en 1873. La notice manuscrite du chanoine Brugière, consacrée à Saint-Marcel vers 1884, y indique douze maisons, à un kilomètre et demi au sud-ouest de l'église — un chiffre du village voisin, à ne surtout pas transposer aux terres de Saint-Félix.
D'un plan à l'autre, sur près de deux siècles, la même absence se confirme : ni le cadastre de 1824, ni la carte d'état-major du XIXe siècle, ni les couches aériennes de l'IGN depuis 1950 ne montrent de construction dans le fond de vallée correspondant au lieu-dit actuel de Saint-Félix. Un zéro de bâtiments dans une couche cadastrale n'est pas pour autant un recensement d'habitants : c'est une lacune documentaire, pas une preuve d'absence de tout usage humain ancien. Constat répété sur cinq documents
| Document | Observation |
|---|---|
| Cadastre 1824, D2 | Aucun bâtiment ; parcelles au bord du Barbeyrol ; chemin « de L'eysertade » le long de la limite |
| État-major, XIXe s. | Pas de maison à l'emplacement des terres ; habitat de Leyssartade figuré au sud-est, hors périmètre |
| IGN, photo aérienne 1950–1965 | Fond de vallée ouvert, limites végétales ; aucun toit discerné |
| IGN, photo aérienne 1965–1980 | Parcelles agricoles, haies et bordures ; aucun bâtiment discerné |
| Photo aérienne actuelle (orthophotographie) | Couvert herbacé, lisières arborées ; pas de construction |
| Cadastre vectoriel | 0 bâtiment en intersection ; 16 parcelles D 279-294 |
| Relevé laser du relief (LiDAR) IGN | Fond de vallée, talus, ruptures de pente ; pas de structure archéologique identifiée avec sûreté |
Les feuilles A1 et C1 du cadastre, datées de 1956 dans le fonds communal, ne couvrent pas la section D étudiée : elles ne fournissent donc aucun état de 1956 pour Leyssartade. Côté XXe siècle, les listes de recensement de Saint-Félix ne portent aucune rubrique de peuplement « Leyssartade » entre 1901 et 1946 : ce n'est pas comptable comme un « 0 habitant », c'est l'absence d'une rubrique nominative.
Le nom demeure dans le cadastre de Saint-Félix sous la forme LEYSSARTADE, pour les terres décrites plus haut ; il est aussi porté par le village et par un quartier de terres de Saint-Marcel. Le paysage lisible sur l'orthophotographie actuelle est celui d'un fond de vallée herbacé, bordé d'arbres, sans construction.
Le Registre parcellaire graphique 2024 recoupe 1,17 hectare du périmètre : 0,95 ha de prairie temporaire, 0,20 ha de prairie permanente et 0,02 ha d'orge d'hiver — des surfaces déclarées et intersectées, non toute la surface exploitable. Le document d'urbanisme approuvé le 26 novembre 2024 place environ 2,70 ha en zone Atvb et 0,10 ha en N, et repère environ 2,68 ha de zone humide ainsi que 644 mètres de haies et ripisylves protégées. Le relevé environnemental signale en outre un recoupement d'environ 0,30 ha avec la ZNIEFF I 720012869, « Coteaux xérothermiques de Sainte-Foy-de-Longas ». Ces chiffres décrivent des couches documentaires, avec leurs arrondis ; aucun propriétaire ni occupant vivant n'est nommé. Données actuelles
La priorité pour ces terres est foncière : identifier les parcelles du vallon, leurs natures, leurs propriétaires et leurs mutations. Aucune des cotes ci-dessous n'a encore livré, dans ce dossier, une mention de Leyssartade certifiée sur image.
État de sections de Saint-Félix, sections A à E, sans date dans l'inventaire : relever les numéros correspondant au périmètre D 279-294, la nature de chaque parcelle, la contenance et le propriétaire.
Matrice des propriétés bâties et non bâties, 1826 : ouvrir les comptes retrouvés dans l'état de sections, suivre entrées et sorties, vérifier si les propriétaires demeurent à Leyssartade, Saint-Marcel.
Matrice des propriétés non bâties, 1914-1955, folios 1-475 : prolonger la chaîne des terres et retrouver les renvois de comptes.
Gontier, notaire à Saint-Félix (1678-1699), et famille Gontier de Saint-Félix, bail et obligations (1635-1709) : chercher une mention de Leyssartade ou de Laprade, sans présumer qu'il s'agit des Gontier du village voisin.
Contrat de mariage du 18 février 1887, devant Me Larobertie [?], pour Claveille-Gatinel : la cote de minute n'est pas établie.
Contrat de mariage du 9 janvier 1861, devant Me Dutauzin [?], pour Fardet-Rossignol : même réserve.
Si l'étude est étendue au village de Saint-Marcel lui-même, il faudra consulter ses propres registres, son cadastre et ses recensements : les actes de Saint-Félix n'en sont qu'une fenêtre partielle, celle des liens avec la paroisse voisine.