Dossier d'archives · Dordogne
Un petit écart de la vallée de la Louyre, absent du cadastre de 1824 et sans trace certaine avant 1869 — l'année où y naît, puis y meurt en un mois, le petit Antoine Banes, entouré d'un tailleur d'habits et d'un cantonnier. La suite est un siècle de boulangers : Bazès, Lacombe, Magat, Cassagne, Labrousse, Lamothe se succèdent au four, avant que restaurateurs, cordonnier et couturière ne prennent le relais entre les deux guerres. Et un nom qui, à y regarder de près, n'a pas toujours été « Lugon » : les tout premiers actes disent « Lugoy ».
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La Combe de Lugon est un écart habité de la vallée de la Louyre, au sud du bourg de Saint-Félix-de-Villadeix. Le point de repère du lieu-dit est 44,91939° N, 0,68344° E. Les maisons s'échelonnent le long de la route de la Vallée, principalement à l'ouest du carrefour avec la route venant du bourg et la route du Barbeyrol. Les terres ouvertes de la vallée s'étendent au nord ; jardins et versant boisé occupent le côté sud. Le Moulin Bessou, la Ruffie et la Bouyguette sont des voisinages immédiats, mais leurs habitants ne doivent pas être automatiquement agrégés à ceux de la Combe. Plan et photos aériennes (orthophotographies) IGN
Le cadastre de 1824 (plan cadastral napoléonien) ne montre aucune masse bâtie dans le secteur du noyau actuel, ni de part ni d'autre du chemin, sur les feuilles D2 et E2 — les anciens numéros voisins sont notamment D 218-220, 224-225, et E 613-616. La Ruffie, elle, possède déjà son propre bâti plus au sud. Ce repérage s'appuie sur le chemin, la Louyre et les villages environnants ; il ne constitue pas une concordance parcellaire établie entre 1824 et le cadastre actuel.
L'hypothèse la mieux étayée est donc celle d'un petit habitat constitué au XIXe siècle, après le levé de 1824 et avant juillet 1869. On ne connaît encore ni l'année des premières constructions, ni leurs commanditaires. Le nom a pu exister auparavant comme nom de terres : les plans et les actes retrouvés ne permettent pas de trancher. Hypothèse, non démontrée
Le mot combe désigne une petite vallée encaissée ; le Dictionnaire de l'Académie le fait remonter au bas latin cumba, probablement d'origine celtique. Cette explication convient au relief, sans dater la création du nom de lieu. Lugon demeure inexpliqué : aucune forme médiévale ni attestation d'un possesseur éponyme n'a été établie. Étymologie de « Lugon » inconnue
Les deux actes de 1869 (naissance et décès d'Antoine Banes, 5 E 409/11) écrivent « Lugoy » : la finale est une longue boucle sous la ligne, comme le « y » du même scribe, et non le petit « n » plat de ses autres mots. Le mariage de 1884, de la main d'un autre scribe, porte bien « Lugon », comme la naissance de 1892 et la fiche militaire de 1932 ; mais le mariage Magat du 30 juillet 1902 revient à « Lugoy », et le décès de Jean Rapha en 1905 dit « Lugon » à trois reprises. Les deux formes ont donc coexisté au début du XXe siècle, selon le scribe.
Les documents alternent ensuite les articles la/La, les minuscules et majuscules, et les traits d'union : « Combe-de-Lugon » en 1909-1911. « Lugdon » est la lecture donnée par un relevé de l'acte de décès de 1919 et reste à vérifier. La forme soudée « Lacombe-de-Lugon », signalée dans un résultat de recherche de presse de décembre 1924, n'est pas retenue comme forme écrite attestée sur l'imprimé.
Le 13 juin 1792, un témoin est nommé « marc delugon », dans le mariage de Léonard Desbos et Marie Camberou. L'image confirme la lecture générale du nom, sans domicile ni formule « de la Combe ». Il s'agit d'une mention de personne ; rien ne permet de l'identifier à un habitant ou au propriétaire de notre écart. Cette occurrence ne recule donc pas la première mention certaine du lieu à 1792. Lien avec le lieu non démontré
Le 31 juillet 1869, Marc Banes, 38 ans, déclare Antoine, né le matin à la Combe de Lugon de son mariage avec Jeanne Soumeyrou, 34 ans. Les parents sont alors cultivateurs. Le nourrisson meurt le 25 août. Les deux voisins qui déclarent le décès le lendemain sont Pierre Reversade, tailleur d'habits, et Jean Ladgié, cantonnier : trois foyers ou noyaux familiaux sont ainsi rattachés au lieu dès 1869, même si le recensement de 1872 n'en regroupe que deux sous cette rubrique. Lu sur les originaux
Les Bannes viennent au moins pour partie de Lapalu : Anne Barnes y est née le 5 décembre 1862, de Marc Barnes, tisserand, et Jeanne Soumeyrou. Le métier de Marc devient commissionnaire dans les actes de 1872 et 1876 et dans les recensements. Un nouvel Antoine naît le 27 octobre 1872, puis Henri le 3 mars 1876.
Pierre Reversade appartient à une famille de tailleurs implantée auparavant aux Quatre-Mailles ; sa fille Jeanne est née à Lapouleille en 1855. À la Combe, son épouse Jeanne Monteil, elle-même tailleuse, meurt le 7 mars 1876. Le 26 octobre, leur fille Jeanne épouse Pierre Pasquet, mercier à Cendrieux, contrat reçu le 13 octobre par Me Lafaye, notaire à Cendrieux. La famille Reversade n'est plus relevée à la Combe en 1881 ; la date et la cause de cette disparition demeurent inconnues.
Jean Ladgié, originaire de Salviac dans le Lot, a épousé Marie Javerzac à Saint-Félix le 21 août 1862. En 1872, les quatre personnes du ménage figurent sous Labouyguette, bien que Jean soit déjà domicilié à la Combe dans l'acte de 1869. Dès 1876, la liste les rattache à la Combe. Décalage de délimitation, non daté
Le 8 janvier 1884, Jeanne Ladgié, couturière âgée de 17 ans et 11 mois, épouse Pierre Bazès, 23 ans, boulanger au Moulin Bessou, né et encore domicilié au Labouret, à Pressignac, fils de feu Jean Bazès et de Catherine Rapha. Les parents Ladgié demeurent à la Combe. Le contrat est du 24 décembre 1883, devant Me Larobertie à Sainte-Alvère.
Le couple habite encore le Moulin Bessou lors de la naissance de Céline Jeanne, le 13 février 1886. Il est établi à la Combe le 27 janvier 1890, à la naissance de Berthe Marguerite. Le recensement de 1891 réunit les ménages Bazès et Ladgié dans la même maison numérotée 3 : une cohabitation familiale attestée, pas une mutation de propriété démontrée. Installation encadrée entre deux dates, non prouvée
L'autre fille Ladgié, Marie, tailleuse de robes, épouse le 5 avril 1888 Barthélemy Firmin Dupuis, charpentier de moulin. Les alliances relient ainsi le foyer du cantonnier aux métiers de la farine et du pain, mais rien ne prouve que les différents moulins et boulangeries aient constitué une même entreprise.
En 1881, un troisième ménage est celui de Bertrand Rapha, 47 ans, propriétaire et marchand, avec Anna Laudu. Les listes de 1891 et 1901 donnent Jean Rapha ; l'identité du couple est très probable. L'acte de décès de Jean Rapha, le 10 mai 1905, nomme explicitement Pierre Bazès comme son neveu.
Le 25 janvier 1890, Jean Lacombe, boulanger, et Jeanne Lachaize se marient, tous deux domiciliés à la Combe. Ils y ont Léo (1890), Alfred (1892), Ernest (1894) et Marie (1898). Jean meurt à 31 ans le 14 août 1899. En 1901, un enfant Lacombe de dix ans est recueilli chez les Rapha, dit « son neveu » : probablement Léo, qui épousera à Colombes en 1913 et mourra en 1965.
Le 30 juillet 1902, David Antoine Magat, boulanger domicilié à la Combe — l'acte porte « la Combe de Lugoy » — épouse Marie Rougeoir, meunière née au Moulin Bessou, fille des meuniers Victor Rougeoir et Marie Pélou. C'est une deuxième alliance documentée entre la Combe et le moulin voisin.
En novembre 1900, Jean Antoine Cassagne, boulanger, et Marguerite Roche ont un fils à la Combe. Le recensement de 1901 compte aussi le ménage Bazès et un ouvrier boulanger, Jean Antony, 22 ans : la présence simultanée de plusieurs travailleurs du pain est démontrée, sans dire combien de fours fonctionnent. C'est le maximum des listes disponibles : seize personnes en trois maisons et quatre ménages.
Jean Ladgié meurt au lieu le 20 janvier 1906, encore qualifié de cantonnier, puis Marie Javerzac le 2 février 1908. Un autre cantonnier communal, Jean Lionnet, épouse Élisabeth Marcou en décembre 1907 et le couple est domicilié à la Combe en 1909 ; leur fille et Élisabeth meurent toutes deux à Lapouleille, chez les parents de celle-ci, en 1909.
La descendance de Pierre Bazès et Jeanne Ladgié se suit sur plusieurs générations. Marie Héloïse, née en 1885, domestique et célibataire, meurt chez ses parents à la Combe le 16 mars 1914, à 29 ans. Berthe Marguerite, née en 1890, épouse en 1911 un facteur des postes ; la veuve Berthe Étienne, recensée seule à la Combe en 1946, en est très probablement cette fille revenue au lieu.
Pierre René Bazès, né à la Combe le 24 mai 1892, boulanger selon sa fiche militaire, rejoint le 2e régiment d'infanterie coloniale et disparaît à Rossignol, en Belgique, le 22 août 1914. Le tribunal de Bergerac fixe judiciairement son décès à cette date le 2 juin 1920, avec la mention « Mort pour la France ». Naissance, fiche militaire et jugement lus sur les documents
Justin Fernand Bazès, né le 7 juin 1896, boulanger puis mécanicien patron, sert dans l'armée d'Orient (médaille d'Orient). En octobre 1921, lui et son épouse Hélène Marie Moureau sont tous deux boulangers domiciliés à la Combe. Ses adresses militaires le placent à Aubervilliers le 19 mai 1928, de nouveau à « St-Félix de Villadeix (Combe de Lugon) » le 14 novembre 1932, puis à Bordeaux le 17 août 1936.
Joseph Bazès, né à la Combe le 28 mai 1899, boulanger, s'engage à Bergerac pour quatre ans le 15 octobre 1917, au 30e bataillon de chasseurs à pied. Il devient caporal le 31 août 1918 et reçoit une citation avec Croix de guerre à étoile de bronze le 26 septembre 1918.
La presse apporte un autre nom : Antoine Labrousse, boulanger à Combe-de-Lugon. Le 7 juin 1924, Le Progrès de Bergerac et de la Dordogne rapporte une enquête de la gendarmerie de Lalinde sur une tentative de cambriolage qui aurait eu lieu à son domicile le 25 mai. Le conditionnel appartient au journal : il ne s'agit pas d'un jugement établissant le délit. Fait rapporté au conditionnel, non jugé
En 1926, un deuxième ménage boulanger est celui d'Élie Lamothe, patron, avec ses fils Georges et Roland, également boulangers — le recensement de 1921 les plaçait au Moulin de Rabard. À partir de 1931, Martial Hivert et Alexandrine sont recensés comme restaurateurs, et le demeurent en 1936 et en 1946.
En 1936 apparaît le ménage Canonico : Marino, né en Italie en 1908, cordonnier, et Marie, née en Italie en 1912, couturière, avec leur fille née en 1933 ; le couple est noté italien. L'arrivée, les conditions d'installation et le départ de cette famille ne sont pas documentés ; elle n'apparaît plus dans la rubrique de 1946.
En 1946, les six personnes de la liste se répartissent entre les Hivert, la veuve Berthe Étienne et le ménage d'un maçon avec son épouse et leur enfant, dont les identités ne sont pas reproduites ici. Le passage de la boulangerie à la restauration puis aux métiers du bâtiment décrit une succession de présences professionnelles ; aucune vente, fermeture ou transmission de fonds n'est établie.
Une feuille volante signée à Saint-Félix-de-Villadeix le 15 février 1951, conservée dans le même ensemble, donne trois maisons, trois ménages et huit habitants à la Combe. Son en-tête indique expressément qu'elle est établie d'après le recensement de mars 1946. Ce chiffre diverge donc du décompte nominatif de six personnes ; il ne forme pas une observation démographique indépendante de 1951. Discordance non résolue
Le nom désigne aujourd'hui deux ensembles cadastraux : COMBE DE LUGON-NORD, section E, environ 9,77 ha, et COMBE DE LUGON-SUD, section D, environ 3,38 ha. Ces surfaces comprennent champs, bois, jardins et bâtiments ; elles ne constituent ni un domaine historique démontré ni une unité de propriété. Aucun acte retrouvé ne lui donne le statut de maison noble, repaire, château ou ferme seigneuriale (métairie).
Le fichier cadastral contemporain dénombre 13 emprises « en dur » et cinq légères, sur l'ensemble Nord et Sud. La BD TOPO donne 17 objets bâtiments et cinq logements dans son propre découpage — des nombres qui ne sont pas interchangeables : annexes, parties de bâtiments et constructions légères ne sont pas des maisons d'habitation supplémentaires. Vers 1884, le tableau de Brugière comptait deux maisons ; le recensement de 1881, trois.
Le lieu demeure identifié comme lieu-dit habité par l'IGN. Les adresses se répartissent entre la route de la Vallée et la route du Barbeyrol. L'extraction cadastrale compte 33 parcelles, soit 20 au Nord et 13 au Sud, pour environ 13,15 ha. Le RPG 2024 décrit environ 7,80 ha de surfaces agricoles déclarées, principalement maïs, orge et avoine. Le PLUi-H approuvé le 26 novembre 2024 situe le lieu surtout en zones Atvb et N, avec une petite partie en A ; il repère une zone humide, des haies/ripisylves et l'emplacement réservé SFV02, « Aménagement du carrefour », au bénéfice de la commune.
Deux objets patrimoniaux ponctuels sont repérés dans l'extraction du PLUi, vers les parcelles E 0475 et D 0330, mais sans intitulé. La BD TOPO localise à proximité immédiate respectivement un puits et un tombeau. La concordance spatiale suggère que les protections visent ces objets ; il ne s'agit pas d'une identification confirmée par une fiche patrimoniale descriptive. Leur datation et l'identité historique du tombeau restent inconnues. Concordance spatiale, non une fiche confirmée
Les données économiques rassemblées indiquent des établissements de maçonnerie et de menuiserie domiciliés sous le nom du lieu à partir de 1998 ; les trois enregistrements extraits sont fermés administrativement en 2025-2026. Enfin, le nom cadastral Combe de Lugon Nord apparaît dans la décision communautaire du 24 novembre 2020, à propos de la parcelle E 0486, dans le périmètre du droit de préemption délégué au maire. La décision ne prouve ni acquisition de cette parcelle ni construction ultérieure.
À ce stade, les sources civiles rendent visible une continuité Ladgié-Bazès, mais ne démontrent pas le mode de transmission de leurs biens. La consultation des matrices (les registres des impôts fonciers, qui listent propriétaires et bâtiments) est le moyen le plus direct de passer de l'histoire des habitants à celle des maisons.
État de sections A à E, sans date, et matrice bâtie et non bâtie de 1826 : nom ancien des terres au carrefour (anciens D 218-220, 224-225 et E 613-616), propriétaires initiaux, apparition des constructions après 1824.
Matrice des propriétés bâties, 1882 : maisons et ateliers Reversade, Bannes, Ladgié, Rapha, Bazès, Lacombe ; dates fiscales de construction et transmissions.
Propriétés bâties (1910-1955) et non bâties (1914-1955) : boulangeries, restaurant, constructions et annexes ; concordance avec les emprises Nord/Sud actuelles.
Bureau de Lalinde : actes civils publics, sous seing privé, tables acquéreurs/vendeurs, contrats de mariage, successions, baux — pour repérer ventes, locations commerciales et successions.
Minutes des notaires de Beauregard (1862), Cendrieux (1876) et Sainte-Alvère (1883, 1888, 1890) : contrats de mariage Ladgié-Javerzac, Pasquet-Reversade, Bazès-Ladgié, Dupuis-Ladgié, Lacombe-Lachaize.
Dossier de déclaration du décès de Pierre René Bazès, si le parcours militaire doit être détaillé au-delà de la transcription et du matricule.
Registre du commerce : titulaires successifs des boulangeries et du restaurant, fonds Labrousse/Lamothe/Hivert ; vérifier l'annonce de presse de décembre 1924.
Voirie, numérotation, permis et matrices récentes : origines du carrefour, transformations des bâtiments, changements d'adresse.
Notice patrimoniale et visite autorisée des objets repérés : identification historique du puits et du tombeau, inscriptions, datation.